Le slowpreneuriat : entrevue avec Josée-Anne Sarazin-Côté

Slowpreneuriat : entrevue avec Josée-Anne Sarazin-Côté

À titre de travailleuse autonome, entrepreneure, pigiste — bref, lorsque nous sommes à notre propre compte —, nous entrons dans un univers où le temps devient de l’argent. Il faut produire plus. Fins de semaine, fatigue et rhumes saisonniers ne sont plus des raisons de s’arrêter. Le travail acharné est valorisé à un point tel qu’il devient presque tabou de parler de vacances!

Et même lorsque s’installe la maternité, nous nous trouvons devant le dilemme du temps/argent. Ce constat, Josée-Anne Sarazin-Côté l’a fait et a décidé de ne pas l’accepter. Elle a plutôt voulu repenser l’entrepreneuriat afin d’y intégrer la notion de temps pour soi. En d’autres termes, elle a adopté une nouvelle approche : le slowpreneuriat.

Intéressée et intriguée par cette possibilité, je me suis entretenue avec elle afin de comprendre son cheminement et les possibilités qu’offre cette nouvelle forme d’entrepreneuriat.

Refuser le hustle

Déjà, lors de son voyage au Nicaragua, Josée-Anne réalise qu’elle n’a pas besoin de travailler plus qu’il ne le faut pour réussir et subvenir à ses besoins : «Ça a été un premier wake-up call. Je me suis dit qu’il y a peut-être autre chose dans la vie que le hustle, une idée qui est beaucoup mise de l’avant en entrepreneuriat». Le hustle, c’est justement cette pensée qui valorise le travail à tout pris au détriment de son bien-être parfois.

Mais c’est à l’arrivée de sa fille, en mars 2017, que Josée-Anne prend conscience que toute sa vie tourne autour du travail. «À partir de ce moment-là, j’ai vraiment réorganisé les choses. J’ai revu mes priorités et fait pas mal de ménage dans mes entreprises pour laisser aller tout ce que je pouvais afin de remettre mon temps là où ça importait».

«Il y a moyen de faire les choses différemment»

«J’avais envie d’autre chose. J’avais aussi envie que, dans le monde de l’entrepreneuriat, l’on valorise autre chose que ce fameux hustle. Il y a moyen de faire les choses différemment et de revoir ses priorités pour [y] arriver», explique la jeune femme d’affaires.

Pour sa part, Josée-Anne travaille environ 25 heures par semaine. Toutefois, comme chaque personne est différente, certaines auront besoin de 35 heures, d’autres de 20. Ce qui compte c’est de trouver un équilibre.

Définir le slowpreneuriat

Et d’où lui vient cette idée? «Le slowliving prend de plus en plus d’espace, c’est de plus en plus populaire […]. J’ai juste décidé d’adapter le slowliving au mode de vie entrepreneurial», précise-t-elle. La jeune maman s’est donc inspirée de cette manière plus lente de vivre afin de l’appliquer à ses entreprises.

Elle cite en exemple la vision busyness du travail. Encore une fois, il est question de valoriser le fait d’être débordé, les immenses listes de tâches, les courses de réunion en réunion. Josée-Anne suggère de mettre un frein à cet état d’esprit dans lequel «il faut tout le temps être occupé». Selon elle, il ne s’agit que de milliers d’actions qui souvent ne servent à rien.

Au contraire, la fondatrice des blogues et entreprises à succès Bulles et Botillons, Fit Hippie et l’Académie du blogue souhaite mettre de l’avant l’efficacité et la réorganisation. En d’autres mots, elle veut remettre les priorités aux bons endroits.

slowpreneuriat

«En d’autres mots, Josée-Anne veut remettre les priorités aux bons endroits.»

La femme de tête fait un autre constat sur l’entrepreneuriat : c’est la passion qui anime ses protagonistes. « On s’emballe facilement pour une multitude de projets. On dit oui à beaucoup de choses. » Or, elle préconise une autre approche. « Si ce n’est pas aligné avec ta vision d’entreprise, n’y perds pas ton temps! L’idée c’est de travailler un peu ta vision à long terme et tes priorités pour arrêter de faire des choses qui ne sont pas alignées avec celles-ci. »

Accompagner vers la lenteur

La nouvelle entreprise de Josée-Anne — connue désormais sous Josée-Anne SC — regroupe tous ses projets sous un même toit. Cette nouvelle plateforme inclut ses entreprises qui partagent sa vision « slow toute ». Elle englobe donc l’accompagnement bien-être et slowpreneur, les événements Fit Hippie ainsi que des outils et un blogue. Elle offre d’ailleurs des programmes gratuits afin de vous introduire à ce mode de vie.

Par ailleurs, la slowpreneure s’inspire beaucoup de la personne qu’elle accompagne pour mieux la guider: «ça part de ta manière de travailler, de voir les choses ». Pour sa part, le changement s’est fait lorsqu’elle a compris qu’elle ne pouvait tout porter sur ses épaules. Elle a dû apprendre à faire confiance aux gens à qui elle déléguait certaines tâches. Elle note cependant l’importance de comprendre et de considérer ses forces et ses faiblesses. De cette façon, elle peut se concentrer sur ce qui la passionne, sur les tâches dans lesquelles elle est réellement efficace.

Pour bien accompagner les entrepreneurs à travers ce changement de perspective, Josée-Anne explique qu’elle travaille d’abord sur la vision à long terme. Aussi, elle se penche sur le mindset, la confiance en soi et sur la relation à l’argent. Outre le volet du développement personnel, elle aide ses clients à épurer et à faire le ménage dans leur(s) entreprise(s) : « On regarde ensemble ce qu’on laisse aller, ce qu’on supprime et ce qu’on délègue. »

Au final, l’idée est de pouvoir travailler moins, mais mieux.

Savoir profiter de la vie

Depuis qu’elle pratique le slowpreneuriat, Josée-Anne constate un réel changement. Non seulement elle travaille moins d’heures, mais elle s’en trouve aussi moins stressée. Elle vit moins dans la crainte de « manquer ». Elle a du temps pour elle et pour sa famille.

« Depuis que je vis comme ça, mes entreprises n’ont jamais aussi bien été. Je n’ai jamais eu autant d’argent qu’en ce moment. Tu vois qu’il y a vraiment autre chose dans la vie que le travail. Puis que quand tu as une bonne énergie et un bon mindset, les choses se placent, les choses arrivent d’elles-mêmes. Moi, de la manière que je le vois, c’est qu’avant, j’avais toujours l’impression de batailler, de devoir travailler en malade. J’avais tout le temps l’impression de courir après mon argent, d’être dans un état de manque constant, de stress, » affirme-t-elle.

Au final, l’entrepreneure a un objectif clair.  « Si les gens pouvaient juste comprendre qu’il n’y a pas juste UN modèle d’affaires… Que non, ce n’est pas vrai que tu es obligée de travailler 75 heures par semaine pour avoir du succès. Juste d’ouvrir la porte à ça, d’allumer des petites lumières… la vie c’est tellement plus que le travail. Et puis que maudit que la vie est belle quand tu te rends compte de ça! »

Notre Experte
Josée-Anne Sarazin-Côté

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Josée-Anne est une entrepreneure québécoise habitant en Bretagne. Même si elle adore sa business, elle a décidé qu’il y avait autre chose dans la vie que le travail. Son quotidien est fait de douceur, de lenteur, de moments précieux avec sa fille, de tête-à-tête avec les vagues (elle surf tous les jours), de voyages et de petits bonheurs en famille. À travers tout ça? Elle écrit des livres, anime un blogue, fait des vidéos sur YouTube, organise des événements bien-être et des retraites. En plus, elle lance prochainement un podcast, accompagne des femmes incroyables qui veulent elles aussi ralentir et oser, crée des outils et programmes en ligne et tente d’inspirer, du mieux qu’elle le peut, les gens à être heureux, tout simplement. Tout ça en 25 heures par semaine. Comme quoi oui, c’est possible!

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À propos de l'auteure
Éveline Thibault-Lanctôt

Éveline Thibault-Lanctôt

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Bachelière en linguistique et littérature, diplômée de deuxième cycle en didactique, le parcours atypique d’Éveline a pour but de garder toutes les portes ouvertes afin d’assouvir sa curiosité insatiable ! Enseignante, entrepreneure et rédactrice/réviseure linguistique, cette maman féministe se découvre une fibre entrepreneuriale avec le démarrage de son école de tennis, cofondée avec son mari, L’Atelier de Tennis. Bref, tout ce qui touche la langue, la création et l’enseignement la passionne!

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