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Ambition féminine : ce chemin qui se fraie devant nous

Ces derniers temps, je réfléchis beaucoup au statut des femmes dans notre société. Je pense surtout à tout ce qui concerne leur développement professionnel, que ce soit à travers une carrière traditionnelle ou l’entrepreneuriat. Grâce à ce blogue, j’ai eu la chance de me joindre à plusieurs communautés dans lesquelles je côtoie des femmes de tous âges qui ont décidé coûte que coûte de poursuivre leurs aspirations. Que ce soit une par l’entremise d’un produit innovateur, d’une émission de télé ou de l’atteinte d’un poste de haute direction, je suis inspirée chaque jour par des exemples de discipline, de résilience et d’ambition féminine qui m’encouragent moi-même à pousser mes projets plus loin.

L’ambition, un tabou ?

 

Ma réflexion a été alimentée par la publication d’un sondage réalisé par L’effet A-Léger sur l’ambition chez les Québécoises. Alors que de nombreuses études s’entendent pour déboulonner un à un les mythes relatifs aux femmes en affaires, l’on conçoit encore intuitivement l’ambition comme étant une caractéristique fondamentalement masculine.

 

Ambition féminine Effet A

Selon le sondage réalisé par L’Effet A-Léger, 73% des Québécoises se disent ambitieuses.

C’est là que nous faisons erreur ! Bien loin d’être un tabou, près de 73% des répondantes se considèrent ambitieuses. C’est presque une parité avec les hommes (qui sont 78% à répondre favorablement à cet énoncé).

 

Mais attention, derrière cette excellente nouvelle se cache un fait moins réjouissant. Seulement 18% des postes de haute direction auprès des 500 plus grandes entreprises canadiennes sont occupés par des femmes… On a un problème. Un gros à part de ça.

Les obstacles à l’ambition

 

Le sondage en question isole certains éléments nous permettant d’éclaircir la problématique. Alors que les hommes croient que les obligations familiales sont le frein numéro un à l’avancement des femmes, celles-ci ne les placent qu’en quatrième position, derrière le manque d’opportunités, le manque de confiance en soi et la peur du risque (dans cet ordre).

 

Ambition féminine - Équilibre

« Les gars n’ont pas ce poids de viser un « bel équilibre ». Moi je n’ai pas mordu à l’hameçon. » – Isabelle Hudon, chef de la direction de la Financière Sun Life

Ceci corrobore une étude conduite par l’ICEDR et reprise dans le Harvard Business Review indiquant que la raison principale poussant les femmes dans la trentaine à quitter leur emploi est d’avoir trouvé un poste mieux rémunéré dans une autre entreprise. Pas de bébés à l’horizon, juste des comptes en banque.

 

C’est comme si le fameux « congé de maternité », sous lequel on fourre quasi n’importe quel argument sexiste pour moins avoir à payer les femmes, en rendait plus d’un jaloux. Une vengeance amère qui se traduit en moins d’argent, moins de crédibilité et, au final, moins d’opportunités pour des milliers professionnelles ultra compétentes et motivées qui veulent faire avancer leur carrière.

 

Ces résultats soulignent un grand écart entre la réalité et le discours véhiculé dans le milieu corporatif. Il serait temps que les entreprises revoient leurs stratégies de rétention si elles veulent continuer à tirer profit du talent qu’elles laissent ainsi filer. Un début de solution réside d’abord et avant tout dans une rémunération compétitive et juste.

Des rôles bien ancrés

 

L’idée qu’une femme doive éventuellement délaisser sa carrière et ses responsabilités professionnelles pour prendre soin de sa famille s’imbrique dans une vision stéréotypée et castrante – si je peux me permettre le terme ! – de la féminité. Et qu’on ne se fasse pas d’illusion! Les femmes perpétuent aussi ces idées sournoises qui nous collent à la peau bien malgré nous.

 

C’est le phénomène de rôle de genre (gender role) qui est à l’action. Grosso modo, ce phénomène s’explique par l’application de certaines attentes sociales attribuant aux hommes et aux femmes des rôles fixes dans la communauté. Par exemple, nous imaginons davantage une femme occupant le métier d’enseignante, d’infirmière ou de blogueuse mode plutôt que de chef d’entreprise, de première ministre ou de neurochirurgienne.

 

En plus de ce biais psychologique, la femme se doit en plus d’être une mère présente, une amie empathique, une épouse attentive, une collègue collaborative, une cuisinière accomplie, un objet de désir, etc. Vous connaissez la chanson. Comment concilier tous ces rôles demandés par la société ET se concentrer sur sa carrière ?  C’est virtuellement impossible.

Superwoman n’a jamais existé

 

Les femmes en position de pouvoir le disent : il est possible de tout avoir, mais pas en même temps. Pour prendre un exemple concret, Isabelle Hudon, chef de la direction de la Financière Sun Life et cofondatrice de L’effet A l’admet avec une éloquence brute dans une entrevue accordée à Châtelaine.

 

Lorsque son fils était jeune, elle n’hésitait pas à engager du personnel pour faire le ménage de son domicile. Elle avoue également n’avoir jamais été présente lors des sorties scolaires de sa progéniture. En bref, mise devant le choix, elle a opté pour le dépassement professionnel au-dessus du rôle de mère modèle. Résultat : une vie bien déséquilibrée, selon ses propres dires. Et elle l’assume ! « Les gars n’ont pas ce poids de viser un « bel équilibre ». Moi je n’ai pas mordu à l’hameçon. »

 

Et ce, malgré les regards de travers de ceux qui s’attendaient à ce qu’elle soit une superwoman qui se consacre corps et âme au bonheur de sa famille et des autres, tout en restant l’épouse, l’amie, la collègue, la femme de carrière et tout le tralala.

 

Moi, en tout cas, je lui dis bravo. L’autre bonne leçon qui nous est apprise par Mme Hudon est la nécessité de déléguer, une tâche cruciale qui est loin d’être intuitive, mais aussi de choisir. L’ambition, après tout, c’est aussi ça. Choisir sur quoi l’on va mettre notre énergie et notre passion afin d’atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés.

Être une femme, c’est de s’effacer

 

Ambition féminine - freins

Les trois principaux obstacles à l’avancement des femmes, selon elles, sont le manque d’opportunités, le manque de confiance en soi et la peur du risque (dans cet ordre).

Face aux rôles de genre, il est difficile de s’affirmer, car c’est la société toute entière qui projette ses attentes, conscientes et inconscientes, sur les comportements que l’on développe dès notre plus jeune âge. Mais c’est alors que l’on se fait pointer du doigt pour agir autrement que la norme qu’il faut être forte. C’est dans notre intérêt à toutes.

 

Dans un article bien étoffé que j’ai également tiré du Harvard Business Review (que voulez-vous, j’aime cette publication), l’auteure Anna Fels rappelle que l’ambition est intimement liée à la reconnaissance des autres. Le hic, c’est que dans la société, les femmes ont le rôle tacite de céder cette reconnaissance aux autres plutôt qu’à elles-mêmes. Sans parler de l’auto-effacement et de la modestie, une attitude célébrée comme étant l’expression d’une humilité de bon goût. Fuyant les projecteurs, se voulant discrète, on s’attend d’une femme qu’elle donne le crédit aux autres, si bien qu’au final il ne lui reste que des miettes.

 

La source majeure de ce comportement se situe dans les attentes problématiques de la société envers la féminité. En effet, être femme a plus souvent qu’autrement représenté un rôle de support. D’où le fameux « Derrière chaque grand homme se cache une femme ». Cacher. Y aurait-il un meilleur mot pour décrire ce phénomène ? Une vraie femme ne recherche pas les accolades, elle les laisse aux hommes autres.

 

On est loin de la petite « boss des bécosses » qui gère un projet pionnier d’une main de fer et qui demande de recevoir le crédit de son travail. Non, celle-là est soit « masculine » ou « hystérique », une agace ou une butch. Dans tous les cas, elle dérange.

 

Pas plus tard que cet après-midi, je discutais avec un collègue qui voulait qu’on écrive un article sur le nouveau programme universitaire qu’il a aidé à monter il y a quelques années. N’ayant pas reçu (selon lui) la reconnaissance qui lui était due, il a lui-même décidé qu’il était temps de se l’approprier. Et il disait cela sans gêne aucune ! Serions-nous capables de faire pareil ? Essayez, pour voir, et notez les réactions autour de vous. Vous m’en donnerez des nouvelles.

La confiance en soi, ce sempiternel problème

 

Ambition féminine - Effacement

« Fuyant les projecteurs, se voulant discrète, on s’attend d’une femme qu’elle donne le crédit aux autres, si bien qu’au final il ne lui reste que des miettes. »

Finalement, j’en arrive à ce grand obstacle à l’avancement professionnel : le manque généralisé de confiance qu’ont les femmes envers leurs propres capacités. Alors qu’il a été démontré que les femmes en position de leadership sont perçues comme étant tout aussi compétentes, sinon plus, que les hommes dans la même position, elles se jugent elles-mêmes beaucoup plus durement dans le même contexte.

 

Dans un excellent article publié dans The Atlantic et intitulé « The Confidence Gap », les auteures Katty Kay et Claire Shipman relatent avoir passé en entrevue de nombreuses femmes ayant gravi les échelons professionnels ou ayant performé à de hauts niveaux. Qu’elles soient journalistes, athlètes, entrepreneures ou scientifiques réputées, elles avaient un point en commun : elles avaient de la difficulté à admettre que leur succès leur était entièrement dû.

Grâce à tout, sauf à soi-même

 

Plusieurs d’entre elles parlent de la « chance » qu’elles ont eu, du fait d’avoir été « au bon endroit au bon moment » ou encore elles minimisent leur réussite par l’intervention d’un fait externe, comme le support de leurs proches ou même comme leur accent ou leur nationalité !

 

Ambition Féminine - Force Aime ta marque

« Mais c’est alors que l’on se fait pointer du doigt pour agir autrement que la norme qu’il faut être forte. C’est dans notre intérêt à toutes. »

Cette tendance que les femmes ont de ne pas s’approprier pleinement leur succès a un effet direct sur la valeur qu’elles s’accordent. Une étude informelle menée à la Manchester Business School soutient que dans la même situation, alors qu’un homme est enclin à valoriser sa formation à un salaire de 80 000$, une femme, elle, ne demanderait que 64 000$. Ceci traduit encore la prédisposition généralisée des femmes à sous-estimer leurs compétences et donc à se croire moins dignes de mériter une augmentation de salaire ou un poste de haute direction.

 

Ce dernier fait m’a particulièrement touché, moi qui ai souvent pensé que ma performance académique pouvait être expliquée partiellement par le fait que la cohorte dans laquelle j’évoluais était trop faible. Mon succès ne traduisait donc pas la qualité exceptionnelle de mon travail et les heures que j’y mettais, mais était plutôt un résultat obtenu par défaut. J’étais performante parce que tous les autres étaient médiocres. Cela faisait de moi quelqu’un d’un peu moins médiocre, mais certainement pas quelqu’un d’intelligent ou de talentueux. Cette pensée me revient souvent dans mes heures d’incertitudes et je dois consciemment faire l’effort de la chasser.

Reconquérir sa valeur

 

Encore aujourd’hui, lorsque je m’entends parler positivement de mes réussites, une petite angoisse se forme au fond de moi. Suis-je en train de me vanter ? Va-t-on me tester pour déterminer si je dis vrai ? Et si j’échoue ? Quand le doute s’empare de moi et je m’efforce de me rappeler que j’ai atteint mes objectifs car j’en étais capable. Vous me direz peut-être qu’un peu d’humilité et de reconnaissance va loin et je suis d’accord avec vous. Mais il y a un équilibre à atteindre.

 

Je crois fermement que notre difficulté avec l’autopromotion est ancrée au sein de ce manque de confiance. Car nous ne croyons pas en notre propre valeur, nous ne sommes pas à l’aise à nous mettre de l’avant, à dire pourquoi nous sommes les meilleures et pourquoi c’est nous qu’il faudrait choisir au-dessus des autres. Mais l’exercice en vaut la peine, surtout lorsqu’il est répété et perfectionné. Une fois que vous aurez trouvé pourquoi c’est effectivement vous que nous devrions choisir, et bien les mots ne résonneront plus comme un mensonge abject, mais bien comme une évidence.

 

Bien que nous ne puissions pas changer drastiquement nos affects psychologiques, nous pouvons cependant tenter de les reconnaître et de les contourner. Oui, nous avons la fâcheuse tendance de nous châtier pour nos erreurs. Oui, nous souffrons bien plus souvent qu’autrement du syndrome de l’imposteur. Et oui, nous avons peur de risquer notre confiance déjà fragile dans des entreprises pour lesquelles nous ne pensons pas être à la hauteur.

 

Mais tout ceci peut changer ! Si ce n’est pas pour nous, que ce soit pour les générations de femmes à venir. Agissons comme les amies que nous devrions être pour nous-mêmes. Il est temps de nous réapproprier nos réussites et de cesser de nous vendre à rabais. Au bout du compte, cela n’avantage personne.

 

Sur ces mots d’encouragement, je vous invite à rester à l’affût, car je prépare une série de « Portraits de marque » dans lesquels je rencontre des femmes de carrière ou des entrepreneures inspirantes et leur demande de nous parler de leur histoire personnelle et de leur relation à leur marque. Une initiative pour célébrer l’ambition féminine sous toutes ses formes !

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Ambition féminine, ce chemin qui se fraie devant nous

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À PROPOS DE L’AUTEURE

Tatiana St-Louis

Adepte de littérature russe et collectionneuse de lunettes de designer, Tatiana a fondé Aime Ta Marque pour donner des outils aux femmes de carrière et entrepreneures pour mieux raconter leur histoire personnelle. Spécialiste des communications basée à Montréal, elle s'implique au sein de plusieurs communautés visant au développement professionnel des femmes.
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1 Commentaire

  1. Olive35

    Bonjour. Il est certain que de nombreuses femmes sont tiraillées entre les responsabilités attendues d’elles et celles qu’elles prennent.
    Même si elles équilibrent entre leurs devoirs et les droits qu’on leur accorde et ceux qu’elles conquierent.

    Il me semble que femmes et hommes avons le plus souvent des attentes spontanées, quasi archétypales de ce que doit être l’autre pôle.
    Des attentes quasi biologiques et immuables, surtout en ce qui concerne les femmes. Alors qu’il existe une variabilité selon les individus et qu’il serait temps qu’il y ait un travail sur les ressentis subjectifs concernant chacun.

    Les jugements concernant les femmes concilliant carrière et maternité, nous sommes nombreuses à les entendre, voir à les subir. Il me semble que c’est une réaction instinctive. Certaines ont quasiment été accusées d’abandon et d’égoïsme, même avec des horaires et un cadre adaptés. Beaucoup, mais principalement des hommes, famille ou même en une moindre mesure entourage pro y voient toujours la détresse des enfants négligés, privés d’une présence indispensable.

    C’est ce qui donne cette impression d’instinctivité dans les réactions que cela suscite.
    Sans nier l’importance des rôles assignés a chacun, il serait temps qu’on enseigne au plus tôt à tous qu’il existe une souplesse réelle dans chaque pôle et qu’il n’est pas incongru de la laisser s’exprimer.
    Pourvu qu’on lui laisse ou donne les moyens de se réaliser dans des conditions supportables pour tous. Et surtout, de dépasser cette idée que féminité et mouvement sont antinomiques.

    Ceci dit, il semble évident que concillier famille et carrière sera mieux perçu d’un homme dont il est attendu un rôle pourvoyeur et universel, alors que notre valeur est davantage perçue comme privée et individuelle.

    Il semble que les principaux points faibles que vous citez et qui nuisent a l’avancée des femmes dans la prise de décisions, de responsabilité, de prise de leurs droits, sont des qualités sur un mode privé.
    Il est certainement difficile de se défaire de ces tendances naturelles comme acquises de longue date dans le monde de l’entreprise, c’est parfois nécessaire mais évidemment, on ne doit pas entrer en conflit avec ses principes pour être équilibré.

    Un problème est qu’il semble se rejouer ces rapports privés, par exemple dans la communauté des deux pôles dans l’entreprise, là ou ce rapport différencié est parfois un obstacle. Ce mode privé introduit dans le mode public, ou il n’a pas lieu d’être, devient vite tension, et frein et jugement de forme et crédibilité pour les femmes.

    A moins de piloter sa carrière de l’ombre, il est aussi difficile de se soustraire au regard au sens propre. Notre apparence est la première perception que l’autre pôle a de nos capacités, cela peut même occulter nos compétences propres qui seront souvent laissées en arrière plan!
    J’ai ainsi entendu que nous aurions avantage a évoluer entre personnes du même pôle afin d’éviter les écueils des appréciations biologiques et psychologiques dans les domaines ou il est question de compétences. Bien-sûr, je n’adhère que moyennement à ce propos, il est préférable de penser qu’un recul est possible, une mise de côté de l’attente « genrée » et c’est même indispensable que l’on parvienne a dissocier la représentation d’une personne de son oeuvre.
    On devrait parvenir a présenter tous nos projets en personne, et non plus grâce à des intermédiaires qui assurent la neutralité de l’image accolée à notre travail, comme c’est souvent le cas.

    Bref, il me semble que le rapport homme/femme sera toujours présent en entreprise avec les ambiguités et sentiments / ressentiments subjectifs d’incongruence et d’inversion que cela peut susciter, notamment lorsque il est question de hiérarchie. Ceci est à la fois naturel et éducatif mais il y a un recul possible et souhaitable afin d’évaluer tout effort à sa juste valeur.

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