L’authenticité chez les femmes professionnelles à l’ère du mouvement #metoo

L’authenticité chez les femmes sur le marché du travail n’est pas un état clairement défini. Bien souvent, le simple désir d’être prise au sérieux et de vivre un épanouissement professionnel qui ne serait pas freiné par le sexisme nous contraint à surveiller notre manière de parler, de nous habiller, de nous comporter avec les autres.

Voici un exemple typique. Un homme qui crie au travail est un passionné, un leader. Une femme qui montre son impatience de façon bien moins exubérante, elle, sera vite rattachée à une hystérique. Attention! Je ne dis pas qu’il faille se laisser aller aux élans de colère au travail, je cherche ici à suggérer qu’il est risqué en tant que femme de toujours agir comme s’il n’y avait pas de regard extérieur.

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À situation égale, on juge les femmes au travail plus sévèrement. Le sexisme crée aussi des défis spécifiques qui trouvent rarement leur équivalence chez la gent masculine. La disparité du traitement au travail selon le genre a bien été mise en lumière lors de la vague de dénonciation #metoo (#moiaussi), qui a secoué l’Internet il y a presque un an. Le mouvement était situé principalement sur les réseaux sociaux et était destiné à lever le voile sur les situations de harcèlement et d’agressions sexuelles vécues par les femmes dans leur milieu professionnel.

Dans le monde du travail, où le simple fait d’être une femme est un facteur vulnérabilisant, comment peut-on (re)définir l’authenticité?

L’authenticité chez les femmes sur le marché du travail n’est pas un état clairement défini. Bien souvent, le simple désir d’être prise au sérieux et de vivre un épanouissement professionnel qui ne serait pas freiné par le sexisme nous contraint à surveiller notre manière de parler, de s’habiller, de se comporter avec les autres. #féminisme #metoo #girlpower #moiaussi #travail

 

Plafond de verre et parole franche

Le témoignage de l’éditorialiste et critique de théâtre Kate Maltby

Dans un article d’opinion publié l’année dernière sur le site de CNN, Kate Maltby soulève comment l’affirmation de sa vérité personnelle peut être libérateur pour certaines femmes, mais constituer un frein professionnel pour d’autres. Pour elle un #metoo contribue à briser la loi du silence quant au problème du harcèlement sexuel tout en « laissant la tâche aux femmes de sacrifier leur vie privée pour faire avancer le dialogue » (traduction libre, de même que pour toutes les citations suivantes).

Il en revient à chaque femme, ou plutôt à chaque victime d’agression ou de harcèlement sexuel, de fixer les propres paramètres de sa dénonciation. Après tout, les dénonciations ne sont pas sans risques.

Kate Maltby témoigne : « les hommes qui m’ont harcelée sont encore des sources séniores en politique, restent bien fournis en avocats et tiennent encore et toujours une position établie aux journaux où je suis pigiste ». De plus, Maltby ajoute qu’en tant que journaliste, dénoncer un abus qu’on lui a infligé risque de la rattacher à l’image d’une journaliste « de témoignage », une position typiquement féminine qui est incidemment beaucoup moins rémunérée.

Choisir de garder le silence sur son expérience personnelle par rapport au harcèlement sexuel au travail ne devrait toutefois pas se muer en déni quant au problème. Dans son article, Maltby cite les propos de Mayim Bialik, une actrice et neuroscientifique qui a supposé qu’une tenue vestimentaire impudique exposerait les femmes au risque d’être harcelées et agressées. L’idée qu’une tenue modeste puisse prévenir le viol, en plus de ne tirer aucune source de la science, fait peser le fardeau du crime sur les victimes de celui-ci.

Milieux typiquement féminins : s’ y trouve-t-on mieux?

Il n’y a pas qu’un type de femme et pas qu’un type de milieu de travail.

J’ai trouvé très instructif de me pencher sur le discours de femmes de plusieurs milieux professionnels afin de comprendre les enjeux qu’elles traversent. Le milieu de la publication, par exemple, compte 80% de femmes selon certaines statistiques sur la situation états-unienne. Un article du Publisher Weekly m’a fait savoir qu’une présence majoritaire de femmes ne suffit pas à abolir les questions de sexisme.

Pour toutes les femmes du milieu de l’édition, il y a tout de même 51% des dirigeants qui sont des hommes, selon le même sondage mentionné plus haut. Ce milieu de travail, par sa nature, créé de nombreuses zones d’impunité. Pensons aux « lancements de livres, lectures, événements de réseautage, festivals littéraires et conférence d’écrivain et d’écrivaine ― où les commentaires et comportements ne peuvent pas être rapportés au département des ressources humaines après le fait. »

Un problème généralisé
Authencitité chez les femmes professionnelles à l'ère du mouvement #metoo

Certains milieux rendent particulièrement difficiles le processus de dénonciation et une conclusion positive.

Les situations de harcèlement sexuel dans le monde de l’édition ne nous sont pas étrangères au Québec. Rappelons les dénonciations qui ont visé l’éditeur Michel Brûlé des éditions Les Intouchables, lors des derniers mois. Selon Publisher Weekly, le milieu de l’édition a une réputation de milieu artistique aguichant, où les hommes se croient tout permis. Les femmes, elles, ne s’y croient pas particulièrement libres. Une chose est certaine : « malgré la façade de l’industrie quant au genre, les maisons d’édition ne sont pas nécessairement des lieux de travail inclusifs pour les femmes ».

Ce que j’en retiens quant à mon questionnement sur l’authenticité? C’est que le sexisme rencontré lors du parcours professionnel n’est pas dû à une faute personnelle de la victime. Tous les milieux semblent comporter leurs propres enjeux de machisme. Le harcèlement sexuel survient conséquemment lors de la rencontre d’un nombre de facteurs hors du contrôle des femmes vulnérabilisées.

Milieux typiquement masculins : à quand les dénonciations?

Si le biais contre les femmes est une donnée constante malgré le milieu de travail, il semble toutefois que certains milieux rendent particulièrement difficiles le processus de dénonciation et une conclusion positive. Le milieu du jeu vidéo, selon cet article de Keza MacDonald, est composé à 79% d’hommes. La position si marginale des femmes explique bien que si peu d’entre elles ont rejoint la vague #metoo.

« Même quand les sources sont anonymisées, il y a si peu de femmes dans l’industrie du jeu vidéo que ça serait [possible] pour les trolls de découvrir l’identité [de la dénonciatrice] et de faire des ravages en retour ».

Pour lire le portrait d’une femme qui fait bouger les choses dans l’industrie du jeu vidéo, découvrez la québécoise Stéphanie Harvey, aka MissHarvey.

Une prise de parole à son rythme

Quand les femmes du milieu du jeu vidéo briseront-elles le silence à leur tour? La réponse est simple : à leur rythme. Avec le mouvement #1reasonwhy, on pourrait même dire que ces femmes ont été des pionnières en parlant à leur façon du sexisme au travail, en 2012.

Plutôt que d’exiger que toutes les femmes, indépendamment de leurs circonstances personnelles, rejoignent simultanément le mouvement le plus public contre la culture du viol, il semble que ce soit une attente plus raisonnable que de laisser à chaque milieu l’espace et le temps nécessaire afin de permettre l’instauration d’un climat plus favorable à la prise de parole des femmes.

En conclusion, pour être une femme authentique à l’époque de #metoo, il ne faut pas nécessairement s’exposer au danger, freiner son développement professionnel ou mettre sa sécurité en péril. Plutôt, il faut écouter sa petite voix intérieure, être attentive aux circonstances de notre milieu de travail, saisir les possibles victoires et les petites occasions de solidarité qui permettent de faire avancer la cause féminine pour tout le monde sans sacrifier personne dans le processus.

Femmes, faisons confiance à notre créativité! Parce que c’est ensemble que nous devons redéfinir l’authenticité au travail.

Dites-moi : qu’est-ce que l’authenticité pour vous?

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À propos de l'auteure
Roxane Nadeau

Roxane Nadeau

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Poète et experte du service à la clientèle au journal Le Devoir, Roxane essaie de faire le pont entre le monde culturel et celui des entreprises. Elle fait de la révision et de la rédaction en tant que travailleuse autonome. Sa valeur phare: trouver le mot juste pour rejoindre les gens.

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