Autisme et entrepreneuriat : portrait de Karine Mathieu

Autisme et entrepreneuriat : portrait de Karine Mathieu

Pour les personnes autistes, le travail autonome est souvent une alternative proposée par les services d’aide à l’emploi. À la suite de mon précédent article, Être autiste et faire sa place dans le monde professionnel, j’ai rencontré la couturière Karine Mathieu, travailleuse autonome et créatrice de l’entreprise de produits écoresponsables La Sœur Mathieu.

Dans sa boutique, vous pouvez retrouver entre autres, des filtres à café réutilisables, des couvre-plats en tissu ainsi des totebags teints au charbon ou au curcuma. Elle offre également des services de confection de rideaux faits sur mesure.

Un grand éventail de produits, tous faits de tissu recyclé et de coton biologique, avec l’objectif de réduire la consommation et le gaspillage, des enjeux importants pour la créatrice de l’entreprise : « Aujourd’hui, tout est fait pour être jeté! La protection de l’environnement est importante, mais on n’y pense pas toujours et on n’a pas nécessairement les réflexes appropriés ».

Diagnostiquée récemment autiste de haut niveau, Karine a accepté de me parler de son parcours et de ses journées de travail.

Diagnostiquée autiste de haut niveau, Karine Mathieu, créatrice de l'entreprise La Soeur Mathieu, a accepté de me parler de son parcours. Comme quoi #entrepreneuriat et #neurodiversité font souvent bon ménage! #autisme

Comment as-tu développé ta passion pour la couture?

J’ai d’abord appris à coudre avec ma mère, puis j’ai commencé à créer mes propres patrons. De 15 à 19 ans, je modifiais mes vêtements. Je me suis inscrite à un DEP en design de mode mais cela n’a pas marché. Je me sentais ignorée par mes pairs et les présentations orales étaient difficiles pour moi. J’ai alors arrêté. Mais plus tard, j’ai choisi de faire un AEC en design de mode au privé au niveau collégial.

Avant que tu ne deviennes travailleuse autonome, comment se sont passées tes expériences de travail?

J’ai eu de nombreux emplois qui n’ont pas duré. Pendant mon AEC j’ai travaillé dans un Bouclair trois jours par semaine. J’étais certaine que j’y serais bien avec mes collègues, mais je me sentais toujours aussi mal outillée pour maintenir mes amitiés. Quelque chose ne semblait pas changer.

Après quelques mois, une situation amoureuse difficile m’a conduite à la dépression.  Je sais aujourd’hui avec le recul que cela était lié avec des situations imprévues que j’ai eu de la difficulté à comprendre. À l’époque, je ne savais pas que j’étais autiste. J’ai d’ailleurs reçu plusieurs diagnostiques différents dont le trouble de la personnalité limite. J’ai alors reçu de nombreuses étiquettes qui me confirmaient que quelque chose n’allait pas chez moi.

Un jour, je me suis lancée dans un atelier de confection de rideaux. Nous étions trois personnes et j’étais tranquille. J’avais ma routine. En revanche, ma boss me critiquait beaucoup sur ma vitesse de travail, j’ai fini par partir car cela devenait trop anxiogène.

Depuis trois ans, j’ai ma boutique Etsy. J’ai déjà travaillé dans un autre atelier en plus de le faire à la maison mais je ne me sentais pas bien. Il me fallait trouver un fonctionnement pour enlever mon stress lié au travail en groupe et aussi l’inconfort de parler au téléphone. Aujourd’hui, je travaille uniquement à la maison. Les boutiques m’appellent pour me dire qu’elles aiment mes produits et qu’elles veulent faire des points de vente. Les choses vont beaucoup mieux depuis.

Comment as-tu vécu ton diagnostic d’autisme?

Je l’ai reçu à 40 ans après m’être demandé toute ma vie pourquoi je me suis sentie en marge des autres. J’étais rassurée! Cela a répondu à beaucoup de mes questionnements dont mes hypersensibilités et mon anxiété par rapport aux choses nouvelles. Deux choses que les autres personnes ne semblaient pas comprendre. J’ai aussi enfin su pourquoi le social avait toujours été difficile pour moi. En revanche, à cause de mes précédents diagnostics, j’ai eu de la médication qui n’était pas appropriée et qui a nuit à mon train de vie. J’essaie donc de m’informer le plus possible pour prendre soin de moi.

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Qu’aimes-tu le plus du travaille autonome?

Avoir ma propre entreprise me permet de me sentir en harmonie avec mon côté social. Je ne me sens plus enfermée dans un contexte de travail. Je n’ai d’ailleurs même pas l’impression de travailler! Je peux planifier mes journées comme je le veux sur mon tableau blanc. J’efface chaque étape que je termine.

As-tu eu du soutien dans ta démarche?

Les deux personnes qui me soutiennent le plus sont mon chum et ma sœur. Ils sont fiers de moi, mais ils ne connaissent pas tout le parcours que j’ai vécu derrière tout cela. Il m’arrive parfois de me dire que je fais tout ça parce que je n’ai pas eu le choix. C’était ça ou je ne travaillais pas. Ma sœur m’aide avec ma clientèle car elle apprécie discuter avec les personnes qui sont intéressées par mon travail. C’est naturel pour elle.

À quoi ressemble une de tes journées de travail?

Même si je peux gérer et planifier mon environnement comme je le veux, mon horaire est très important. Je planifie toujours mes heures de travail et mes pauses. Je n’hésite pas à prendre beaucoup de pauses de coutures quand j’ai une grande charge de travail. Je cuisine et fais mes lavages entretemps.

Est-ce difficile pour toi de gérer les dépenses?

Côté dépenses, ça va vraiment mieux depuis que je suis travailleuse autonome. Je suis moins anxieuse par rapport à mon budget. Le plus important pour moi est d’être bien au quotidien, pour moi cela n’a pas de prix et ça passe avant tout. Je me sens vraiment en confiance dans ce que je fais et j’ai de bons commentaires de la part de mes clients.

Quels sont tes projets futurs?

Dans la prochaine année, je souhaite élaborer de nouveaux produits. J’ai d’ailleurs un nouveau point de vente à Québec. En revanche, je ne souhaite pas avoir une entreprise trop grosse ou trop prenante. Je suis bien avec ce que j’ai. Je n’ai pas envie de faire coudre mes créations par d’autres personnes. Je suis capable de tout faire par moi-même.

As-tu un conseil à donner aux personnes souhaitant vivre du travail autonome?

Il est très important de croire en nos capacités même quand ça va mal. On constate souvent que la passion persiste même quand on finit par laisser tomber. Même quand ça n’allait pas quand je travaillais ailleurs, j’ai toujours continué mes créations. Trouver un fonctionnement en harmonie avec ma manière d’être est ce qui m’a fait avancer.

Pour magasiner les produits de Karine Mathieu :

La boutique Etsy La Soeur Mathieu

Le compte Instagram de la boutique

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À propos de l'auteure
Isabelle Pépin

Isabelle Pépin

Isabelle termine un baccalauréat en anthropologie et projette poursuivre ses études en muséologie et en documentation. Diagnostiquée Asperger à 24 ans, elle milite pour l’acceptation de la neurodiversité et s’intéresse également à la visibilité queer. On la retrouve le plus souvent à l’université en train d’étudier l’humain, ou dehors en train d’observer les oiseaux.

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