Portrait de marque : Stéphanie Harvey

Portrait de Stéphanie Harvey

C’est une amourette d’adolescence qui a amené Stéphanie Harvey à s’intéresser à Counter-Strike, un jeu de tir à la première personne. Alors que l’heureux élu a depuis longtemps été relégué aux oubliettes, Stéphanie, elle, s’est hissée au sommet du circuit professionnel. Elle deviendra à la fois une multiple championne mondiale et une fervente défenseure de la cause féminine dans le monde du gaming. Portrait d’une geek talentueuse et engagée.

Il est 9 heures à Los Angeles et Stéphanie se réveille pour plonger directement dans l’entrevue. La veille, elle a passé près de 12 heures à s’exercer, en équipe et en solo. La journée s’annonce chargée. Non seulement elle doit se préparer pour une longue séance de pratique en vue d’un tournoi important, mais elle est présentement accompagnée d’une équipe de tournage qui scrute ses faits et gestes au quotidien.

Osciller entre travail et passion

Stéphanie HarveyOriginaire de Beauport, à Québec, Stéphanie – aussi connue sous son nom de joueuse missharvey – ne savait pas que le jeu prendrait une place aussi importante dans sa vie. Bien qu’elle s’y soit toujours adonné, ce n’est qu’au secondaire qu’elle commence réellement à s’exercer à Counter-Strike, pour lequel elle compétitionne aujourd’hui avec Counter Logic Gaming Red.

Quelques années plus tard, désormais détentrice d’un baccalauréat en architecture complété à Paris, Stéphanie décide de changer de voie. Elle déménage à Montréal pour poursuivre un D.E.S.S. en design de jeux. Diplôme en poche, elle se fait rapidement embaucher par Ubisoft. Il faut noter que l’industrie de l’eSport ne connaît pas encore l’engouement qu’il bénéficie aujourd’hui.

« Quand j’ai commencé à jouer, je ne savais même pas que le pro gaming existait. Avec un seul gros tournoi par année, ça ne faisait pas vraiment de sens d’espérer en vivre, » explique-t-elle. Mais grâce au streaming et à Twitch, la plus grande plateforme sociale de jeu vidéo au monde, le passe-temps se transforme soudainement en activité principale. Alors qu’elle jongle entre son job à temps plein et sa participation de plus en plus prenante au sein de son équipe, la jeune femme se voit obligée de choisir.

« J’ai bientôt réalisé que je faisais presque autant d’argent avec le jeu que dans mon emploi. J’ai bien vu que je n’arrivais pas à faire les deux à un niveau acceptable. Je performais médiocrement dans l’un et l’autre. Il fallait donc en laisser tomber un. »

Elle saisit l’occasion qui se présente à elle et prend une sabbatique de son emploi pour se concentrer sur l’eSport.

Discipline et mental d’acier

Comme dans le sport, le jeu vidéo professionnel nécessite dévouement et détermination. L’entrainement est essentiel et parfois pénible. Dans une entrevue donnée à Branchez-vous en 2015, elle commente : « Comme pour les sportifs professionnels, ça ne nous tente pas toujours de nous lever et d’aller pratiquer. Ça ne nous tente pas toujours de jouer en équipe et d’effectuer toutes les activités entourant le sport, parce que lorsque vous travaillez tous les jours là-dessus, ce n’est pas toujours évident, mais on a un but, et c’est cela qu’on veut atteindre, et on le fait. »

Stéphanie Harvey (missharvey)La pratique peut impliquer des heures à tirer à répétition sur une mire, assise et concentrée. C’est épuisant autant sur le corps que sur les nerfs. « Le jeu vidéo, c’est une question de confiance et de feeling. C’est 80% mental, » ajoute-t-elle.

Ambitieuse de nature, la quintuple championne du monde se décrit aussi comme étant extrêmement compétitive. Adolescente elle prenait part à tous les projets – danse, théâtre, une panoplie de sports. Mais elle ne cherchait pourtant qu’une chose, d’exceller.

« C’est probablement parce que j’étais si compétitive que je n’aimais pas les sports d’équipe, » admet-elle. « Je n’aimais pas avoir de comptes à rendre; j’aimais mieux travailler les choses par moi-même. Si je n’étais pas bonne, je ne m’amusais pas. »

Étant une femme dans un milieu parfois hostile demande également un mental à toute épreuve. Menaces, insultes, attaques personnelles… l’adresse de Stéphanie a même déjà été divulguée sur le Net. Elle a dû apprendre à outrepasser les commentaires et se faire une carapace.

« Oui, je suis désensibilisée aux commentaires haineux. Avec le nombre de commentaires que je reçois, il faut que je les zone out pour garder ma santé mentale. Ça me permet de me concentrer mon énergie sur ce qui compte. »

Diversifier le monde du jeu vidéo

S'inscrire à l'infolettre.Et ce qui compte, pour Stéphanie, c’est de faire bouger les choses. La jeune femme a figuré parmi les 100 femmes les plus influentes de 2016 selon la BBC. Son statut de vedette de l’industrie de l’eSports lui donne une plateforme pour diffuser des messages et initiatives promulguant une plus grande inclusion et diversité au sein de la communauté geek et du jeu vidéo.

C’est de cette volonté de rassembler les femmes pour renforcer la communauté qu’est née l’idée de Misscliks. Tandis qu’elle mettait sur papier les bases de sa nouvelle initiative, elle découvre Anna Prosser, qui compétitionne alors pour devenir la prochaine Miss USA.

« Je trouvais ça tellement inspirant et motivant de voir quelqu’un de notre communauté d’aussi équilibrée et positive. Je me suis immédiatement dit que je voulais travailler avec elle. Quand je lui ai expliqué mon idée de mettre en valeur et rassembler les femmes autour du jeu vidéo, elle a embarqué à 100% et a même amené sa meilleure amie dans l’aventure! »

Misscliks a une mission d’inclusion qui ne se limite pas qu’aux femmes. Pour l’instant, la plupart des initiatives sont des émissions web qui permettent d’ouvrir la discussion et de se rassembler. Par exemple, l’un des thèmes traités était la découverte par des néophytes du jeu Donjons et Dragons. « On voulait inviter des femmes qui n’avaient jamais joué – comme moi – à l’essayer dans un environnement safe et agréable. »

Bien que Stéphanie se soit retirée des émissions pour se concentrer sur ses projets du moment, elle reste très investie dans la communauté. « Nous avons beaucoup de bénévoles qui travaillent très fort. Misscliks, c’est petit, mais c’est rempli de passion. »

La responsabilité de changer les choses

Stéphanie s’est hissée là où elle est à force de travail et de dévotion. Mais son rôle va bien au-delà du jeu vidéo : il est ancré dans une mission sociale. « Ce n’est pas parce que je suis bonne que je suis connue. Je suis connue parce que je parle dans les médias, je me fais voir, je suis féministe. Je suis plus que missharvey la joueuse. »

About to go live casting in french in the Bell Center nutssss

A post shared by Stephanie Harvey (@stepharvey) on

Cette visibilité vient cependant avec son lot de responsabilités. Celle qui se fait inviter pour inspirer les autres se voit fréquemment dans la situation inverse. Récemment, elle a participé en tant qu’animatrice d’atelier au Forum national de leadership pour les jeunes femmes du YWCA : « Il m’arrive souvent de penser que je n’en fais pas assez. Quand je vais à ce genre d’événement, j’en ressors avec une nouvelle perspective. Ce sont elles qui finissent par m’inspirer. »

Comment en faire plus? De quelle façon vivre son féminisme de façon productive? Comment avoir un impact positif plutôt qu’agressif? Ce sont des questions qui la travaillent. Par contre, elle demeure persuadée qu’il y a un effort de sensibilisation à faire auprès de tous, hommes et femmes.

Lisez le complément de cette entrevue dans Ton Petit Look : Stéphanie Harvey, la Québécoise qui transforme l’industrie du jeu vidéo.

« La société est misogyne »

« Il y a une chose pour laquelle je suis très vocale, et c’est que la société est misogyne. On ne s’en rend pas compte la plupart du temps. Avant de me voir comme féministe, je ne voyais pas le sexisme au bureau, mais c’est quand je l’ai vécu que j’ai commencé à comprendre. Il y a une raison pour laquelle il y a beaucoup moins de femmes dans des postes de direction. Dès qu’une femme a du succès, on va la regarder de loin, on va questionner ses compétences, comment elle s’est rendue là, on va être jalouses. »

La division au sein des mouvements féministes et de l’appropriation (et la non-appropriation) du terme a sans conteste un effet négatif sur la lutte des femmes. « C’est important de se poser des questions sur ce phénomène de société, et ce même si on ne s’identifie pas comme féministe. J’ai rencontré tellement de femmes qui étaient plus misogynes ou sexistes que des hommes, » se désole-t-elle.

« Ça commence par nous-mêmes. En tant que femme, il faut se respecter. »

Et on ne pourrait être plus d’accord!

Suivez Stéphanie sur Twitch ou sur les réseaux sociaux Instagram, Twitter et Facebook. Apprenez-en plus sur les initiatives de Misscliks.

Pour ne rien manquer, inscrivez-vous à l’infolettre ou suivez Aime Ta Marque sur Facebook!

Partager ce billet

À propos de l'auteure

Tatiana St-Louis

Facebook

Adepte de littérature russe et collectionneuse de lunettes de designer, Tatiana a fondé Aime Ta Marque pour donner des outils aux femmes de carrière et entrepreneures pour mieux raconter leur histoire personnelle. Spécialiste des communications-marketing basée à Montréal, elle s'implique au sein de plusieurs communautés visant au développement professionnel des femmes.

One Comment on “Portrait de marque : Stéphanie Harvey”

Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *