Portrait de marque : Jacqueline Frances (Jacq the Stripper)

Portrait de marque Jacqueline Frances

Écrivaine, illustratrice, entrepreneure, humoriste et bachelière en littérature russe, le pédigrée de Jacqueline Frances (Jacq the Stripper) suscite à la fois intérêt et admiration. Et ça, c’est avant même de mentionner son occupation principale : stripteaseuse. Portrait d’un esprit libre et d’une féministe aguerrie. 

Jacq the Stripper

© Andrew Boyle

Vous voulez parler franc? Jacqueline, alias Jacq the Stripper, adore son métier. La fougueuse blonde qui arbore sans gêne son t-shirt ‘off-duty stripper’ est à l’aube de publier Stripstastic!, son premier livre d’illustrations. Dans cet ouvrage auto-publié qui a réussi à amasser tout près de 30 000$ sur Kickstarter, la jeune entrepreneure s’est donné pour mission de donner une voix – sous forme d’illustrations humoristiques, d’entrevues et de faits – aux danseuses qui, comme elle, proclament fièrement leur métier totalement badass.

« J’ai toujours aimé montrer et raconter »

Ontarienne d’origine, Jacqueline a complété des études en Cultural Theory and Russian Literature à l’université McGill. Peu de temps après, elle quitte Montréal pour la Thaïlande et l’Australie, où elle commence à danser dans des clubs à titre de gagne-pain. Son premier blogue, Freeway Fugitives, servait alors d’échappatoire humoristique et captivant pour saisir le quotidien d’une vie dédiée à l’aventure et à la liberté, le tout sous le couvert d’une féminité sans complexes. Même durant ses années de globe-trotter, l’écriture conserve un attrait indéniable : « En fait, j’ai toujours aimé écrire, partager et faire rire les gens… c’est donc venu assez naturellement. J’aime montrer et raconter. C’était définitivement ma partie préférée à la petite école. »

À 23 ans, elle commence officiellement à danser nue. Dans une entrevue donnée à VICE en 2016, elle explique que bien que ce soit pour l’argent qu’elle ait commencé le striptease, c’est pour le sentiment de liberté qu’elle le poursuit. « C’est un job très amusant. C’est fascinant, la sexualité. La façon dont les gens agissent lorsqu’ils sont excités est à la fois drôle et vraie et tendre. C’est génial. L’environnement est top et l’argent est top. Je peux travailler quand je veux. »

En 2015, soit cinq ans après être montée sur scène pour la première fois, elle publie son livre de mémoires, The Beaver Show. Le livre est franc, hilarant et plein d’esprit. Il arbore en page couverture une illustration dessinée par l’auteure, qui s’amusait déjà depuis quelque temps à partager sur les réseaux sociaux les vignettes qu’elle créait au sujet de la vie des stripteaseuses. À tout point de vue, Jacqueline a la fibre entrepreneuriale.

L’argent et le sexe, sans les tabous

S'inscrire à l'infolettre.De retour sur le continent nord-américain, elle s’installe à Brooklyn avec son épouse. Son rôle de Jacq the Stripper lui donne l’autonomie et l’argent nécessaire pour exprimer sa créativité dans son entreprise. Elle lance un site web et une boutique en ligne sur lesquels elle promeut son swag, objets dérivés allant de t-shirt et badges à des chandelles aromatiques. Parallèlement, elle continue à participer à des shows d’humour, monologuant sur son métier.D’où lui vient cette bosse des affaires? « Je suis la fille d’un vendeur, donc on pourrait dire que c’est héréditaire. Je suis aussi très ambitieuse. Mon avis est que si tu veux quelque chose, tu dois trouver un moyen pour l’obtenir. Et cela implique généralement de convaincre quelqu’un d’autre de te le donner. »

Pour Jacqueline, l’argent a toujours été une motivation importante. C’est notamment cette ouverture à converser autant d’argent que de sexe – des sujets généralement considérés tabous – qui lui vaut l’oreille de son public et, notamment, des médias. Dans une entrevue donnée à Forbes, elle décrit comment elle réussit à capitaliser au tant en tant que danseuse qu’artiste : « Les mots échangés dans un club entre deux étrangers sont teintés d’une honnêteté que je n’ai retrouvée nulle part ailleurs dans ma vie. Même si ma soirée n’a pas été très lucrative, je reste quand même assise, en tant qu’artiste, sur une véritable mine d’or d’honnêteté sans artifice que je peux transformer en quelque chose de magique le jour d’après. »

Une perspective féministe

C’est cette honnêteté que l’on retrouve notamment dans ses illustrations, mais aussi par le biais de sa présence en ligne. « Aguicheuse, drôle et féministe » sont des mots qu’elle utilise pour décrire sa marque personnelle. « Une célébration de la stripteaseuse. »

L’authenticité demeure ainsi un aspect important de son activité, ne serait-ce que pour lui allouer la crédibilité nécessaire pour adresser des sujets qui l’intéressent: « Je vois Jacq the Stripper comme une version exagérée des traits de personnalité que je préfère chez moi et dans ma vie professionnelle, explique-t-elle. L’authenticité est importante dans le sens que si tu n’as jamais fait le travail, tu ne peux pas raconter d’histoire. Tous ces gens qui stripteasent pour faire des « recherches » génèrent chez moi d’énormes roulements d’yeux. Ce n’est pas authentique ça. C’est plutôt transformer l’oppression en tourisme. »

Jacqueline n’a aucune hésitation à se décrire comme une féministe. Elle adore entre autres aider les nouvelles stripteaseuses à établir leur business ; c’est quelque chose qui la rend fière. Ce sont des entrepreneures elles aussi, après tout. Réhabiliter les travailleuses du sexe dans l’œil du public est une des motivations qui la pousse à continuer son travail.

« Il y aurait une rumeur assez pourrie qui circule depuis quelques millénaires stipulant que les stripteaseuses ne sont pas absolument géniales. Je veux que toutes les travailleuses du sexe sachent à quel point elles sont fantastiques. »

Devenir invincible

Jacqueline est définitivement quelqu’un qui sait ce qu’elle veut et comment l’obtenir. À tout juste 30 ans, elle continue tranquillement de bâtir son empire où striptease, art et féminisme se conjuguent harmonieusement. Et ça semble aller bon train! Son Instagram affiche près de 57 mille abonnés et elle a déjà figuré dans les pages Playboy, Forbes et Cosmopolitan.

Une chose est sûre, elle ne se laisse pas démonter par le sentiment d’être inadéquate. « Je n’ai jamais été préoccupée à l’idée de créer quelque chose de parfait, » commente-t-elle dans une entrevue pour Cospmopolitan. « Je veux simplement faire rire. (…) Et si je suis chanceuse, j’obtiens ce rire tout en rappelant à ceux qui consomment mes illustrations que les stripteaseuses sont des êtres humains qui se présentent gracieusement sur leur lieu de travail dans le but de vous divertir. »

Et bien qu’elle admette avoir toujours été quelqu’un de très confiant – ce pour quoi elle est très reconnaissante envers sa mère, notamment – elle perçoit dans son métier une occasion de revisiter la relation qu’elle entretient avec son corps et avec sa féminité.

« Le striptease m’a rendu beaucoup plus à l’aise avec mon corps. Lorsque tu décides de danser nue, tout le conditionnement mainstream communiqué par les médias se fait en quelque sorte désamorcer. Il en va de même en ce qui a trait à la honte du corps et au slutshaming. C’est soudainement transformé en pouvoir. Ça rend une femme invincible. »

Pour suivre les aventures de Jacqueline Frances, alias Jacq the Stripper, suivez-la sur son site web, sur Facebook ou sur son compte Instagram.

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À propos de l'auteure

Tatiana St-Louis

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Adepte de littérature russe et collectionneuse de lunettes de designer, Tatiana a fondé Aime Ta Marque pour donner des outils aux femmes de carrière et entrepreneures pour mieux raconter leur histoire personnelle. Spécialiste des communications-marketing basée à Montréal, elle s'implique au sein de plusieurs communautés visant au développement professionnel des femmes.

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