Portrait de marque : Elyse Arbic

Elyse Arbic - Aime Ta Marque

Tout a commencé par une vidéo. Un Facebook Live simplement intitulé « Parce qu’il fait partie de moi et de mon image de marque ». Dans les six minutes qui suivent, Elyse Arbic, rédactrice à son compte depuis peu, nous fait de poignantes révélations sur ce que c’est de se lancer en affaires avec un handicap. Portrait d’un esprit créatif qui revendique le courage d’être soi-même.

Ce n’est pas un secret, Elyse Arbic souffre d’un handicap. Dyspraxie et retard psychomoteur, pour être exact. Mais à l’été 2016, elle décide que cette limitation physique ne serait plus un frein à son succès ; elle se lance à son compte à titre de rédactrice et recherchiste. À l’aube de ses 33 ans, moins d’un an après la naissance de sa fille Florence, elle décide que le moment est venu de faire le grand saut. Une fois qu’elle eût réalisé que le temps passé avec sa famille prenait le dessus sur toute autre considération, l’entrepreneuriat se présenta de lui-même comme l’unique option viable.

Survivre sur le marché du travail

Elyse Arbic

Elyse Arbic, rédactrice et recherchiste pour « Elyse Arbic, histoires de vies »

La jeune femme, qui habite maintenant la petite municipalité des Cèdres, en Montérégie, raconte que ses années sur le marché du travail furent loin d’être clémentes. Après avoir complété un DEC en Arts et Lettres, elle obtient un poste de stagiaire dans une librairie. Bien que le stage ait été organisé par le gouvernement, ce fut l’horreur totale. « À la fin des dix mois, la propriétaire de la librairie m’a complètement démolie. J’ai su à ce moment qu’elle me prenait pour une débile depuis le début. » Une expérience dévastatrice pour quelqu’un de fondamentalement hypersensible et qui souffre déjà de problèmes d’estime de soi.

À 22 ans, elle décide donc de retourner sur les bancs d’école et d’entreprendre un baccalauréat en littérature française. Dans les salles de classe de l’Université de Montréal, elle retrouve les vestiges d’une angoisse qui la hantait pendant le CÉGEP ; l’angoisse d’être différente et d’être jugée pour tel. Elle termine tout de même sa formation en trois ans. Elyse est alors fine prête à trouver un emploi dans ce qui la passionne, la littérature. Il faut se le dire, handicap ou non, c’est un milieu très difficile à percer. Ceux qui choisissent cette voie sont souvent confrontés à de réelles difficultés : emplois peu nombreux et ingrats, absence de reconnaissance de leurs acquis et salaires médiocres. En bref, sans nécessairement laisser tomber ses rêves, il faut savoir être flexible et saisir les opportunités au vol.

Après l’université, Elyse déniche un emploi chez Rando Québec. Ses tâches principales incluent alors la rédaction pour le Répertoire des lieux de marche du Québec de la Fédération de Marche du Québec ainsi que la description des nombreux sentiers pédestres de la province. « Ce fût le meilleur emploi de ma vie! » se remémore-t-elle. « J’adore écrire. Je le fais depuis que j’ai dix ans. J’ai toujours su que c’est ce que je voulais faire plus tard. » Le contrat arrivé à sa fin, elle prend alors un poste à la Bibliothèque et Archives Nationales du Québec (BAnQ), où elle occupe une position à temps partiel.

« J’ai aimé mes six premiers mois, mais je voyais bien que sans une maîtrise en bibliothéconomie, je n’avais aucune chance de gravir les échelons. Et je ne voulais pas rester un commis de bibliothèque pour le reste de ma vie. »

Au-delà du « plafond »

En 2013, la trentaine cogne à la porte et Elyse traverse un épisode dépressif. Dans son texte Dans la marge, publié sur son blogue à l’été 2016, elle relate comment ses problèmes de motricité et d’adaptation sociale l’affectent, souvent durement.

Elyse Arbic - Aime Ta Marque

Elyse et Christian

« Le plus dur à accepter, pour moi, est de vivre constamment avec cette idée, que socialement et physiquement, j’atteins un plafond X et que ce plafond restera le même toute ma vie. Il y a des déficients intellectuels qui vivent avec des retards importants, mais ils ne le réalisent peut-être pas. Moi, j’en ai conscience, je SAIS que je les ai, ces retards-là. Socialement, je suis une adolescente de quinze ans dans un corps de femme. Et je n’évoluerai probablement pas plus que ça. »

Cette réalité, elle y est confrontée tous les jours. Mais aujourd’hui, elle reconnaît également que son handicap lui a permis d’aller chercher quelque chose d’autre en elle, quelque chose de fort et de solide. Ambitieuse – fière, pourrait-on même dire – elle admet que son retard psychomoteur est l’une des raisons pour lesquelles elle s’est lancée à son compte. « Une partie de moi voulait montrer aux autres que je pouvais le faire, que je n’étais pas qu’une bonne à rien, » explique-t-elle avec candeur.

« Maintenant, je le vois même comme une force que les autres n’ont pas. Il fait partie de moi et j’essaie tous les jours de l’accepter de plus en plus, de l’aimer même. »

Puiser la beauté au fond des autres

À cause de sa dyspraxie, une atteinte neurologie présente chez environ 6% des enfants, Elyse a de la difficulté à organiser sa pensée et à automatiser ses gestes. Pour cette raison, elle a souvent été mise à l’écart, rejetée. Cette conséquence a pourtant aiguisé d’autres aptitudes chez elle, dont celles de l’observation et de l’analyse.

S'inscrire à l'infolettre.« À force de ne pas parler, j’ai beaucoup essayé de comprendre les autres, juste en les regardant. C’est un atout pour une rédactrice de pouvoir voir comme ça, au fond des gens, ajoute-t-elle. Mon handicap me permet d’aller chercher les gens au plus profond d’eux-mêmes. »

Pour elle, la rédaction est plus que l’écriture d’un texte : c’est une relation de confiance qu’elle crée avec ses interlocuteurs. C’est pourquoi elle aime particulièrement écrire des biographies. La création lui demande pourtant beaucoup d’elle-même. « Je finis par m’imprégner tellement de mes histoires, j’en vis tellement les émotions qui y sont exprimées, que parfois j’ai de la difficulté à gérer ce qui m’arrive. Ce n’est pas toujours évident. » Mais ça aussi, ça fait partie de la beauté de son art.

Croire en son rêve, mais aussi en soi-même

Depuis la diffusion de son Facebook Live – qui a été visionné plus de 2 000 fois – Elyse a fait beaucoup de progrès à titre de nouvelle entrepreneure. Coachée par la célèbre « paillette » Mélissa Normandin-Roberge, la rédactrice a lancé son site, a élargi son réseau et a même participé à son premier salon pour travailleurs autonomes à l’automne passé.

De plus, Elyse s’est lancé dans un projet totalement original et unique au Québec: la rédaction de livres pour enfants personnalisés de A à Z. Tous les textes et illustrations sont faits sur mesure, fabriqués avec amour et patience. L’idée a suscité beaucoup d’intérêt, surtout en préparation aux fêtes de fin d’année.

Comme beaucoup de femmes, Elyse vit avec le syndrome de l’imposteur. « Je sais que j’ai du talent. Mais le savoir et une chose, l’assumer, c’en est une autre. » Malgré tout, elle a confiance en l’avenir. Bien que l’aventure entrepreneuriale vienne avec ses propres angoisses et difficultés, elle se sent tout de même dotée d’une estime d’elle-même renouvelée, renforcie. Surprise par la rapidité avec laquelle les événements se sont enchaînés lorsqu’elle a pris la décision de devenir travailleuse autonome, elle nous laisse avec nous un dernier conseil.

« Si vous ressentez l’envie de foncer, n’hésitez surtout pas, car vous ne savez pas ce qui vous attend de l’autre côté. Et c’est peut-être une aventure extraordinaire! »

Vous voulez en savoir plus sur Elyse? Suivez-la sur Facebook.

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À propos de l'auteure

Tatiana St-Louis

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Adepte de littérature russe et collectionneuse de lunettes de designer, Tatiana a fondé Aime Ta Marque pour donner des outils aux femmes de carrière et entrepreneures pour mieux raconter leur histoire personnelle. Spécialiste des communications-marketing basée à Montréal, elle s'implique au sein de plusieurs communautés visant au développement professionnel des femmes.

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