Portrait de marque : Maxie Lafleur

Portrait de marque : Maxie Lafleur

Environ une soixantaine de personnes étaient réunies à l’extérieur du bâtiment. Au cœur de Rosemont-Petite-Patrie, une brasserie avait été louée pour l’occasion. Un food truck était garé devant l’entrée, pour les gourmands. Nous cherchions des yeux l’invitée d’honneur pour la féliciter et connaître tous les détails. Dans quelques semaines, Maxie Lafleur allait déménager au Royaume-Uni pour entamer un nouveau mandat en tant que leader mondial des finances de la CAE Oxford Aviation Academy. À 29 ans seulement. Portrait d’une fonceuse à l’éthique inébranlable.

Ce n’était pas la seule nouvelle de la soirée. Le sourire fendu jusqu’aux oreilles, accueillant chaque invité avec son habituelle chaleur, Maxie nous annonce qu’elle vient tout juste de se marier. La cérémonie ultra intime a eu lieu il y a quelques jours aux États-Unis. Le moment de surprise est remplacé par des félicitations enthousiastes. L’histoire colle bien avec la personnalité de Maxie. Il y habituellement peu de délais entre sa décision de faire quelque chose et sa réalisation. La joie était palpable.

Celle qui, après le CÉGEP, a failli s’inscrire en communications faute de direction est la preuve vivante que le travail, la persévérance et la prise de risque rapportent gros. Son parcours professionnel parle de lui-même. D’auditrice chez KPMG à chef des finances, finances corporatives et fusions acquisitions chez CAE, chef de file en solutions de formation dans le domaine de l’aviation, Maxie n’a jamais eu peur de saisir les opportunités, aussi intimidantes qu’elles puissent paraître.

Circonstances et opportunités

Née à Montréal-Nord à la suite d’une grossesse non-planifiée, n’ayant jamais connu son père et souffrant d’une maladie des reins jusqu’à l’âge de cinq ans, son parcours aurait pu prendre une toute autre tangente si son enfance n’avait été ponctuée d’anecdotes dignes d’Hollywood.

Même très jeune, Maxie se souvient avoir été une enfant ambitieuse. Dès quatre ans, alors qu’elle passait beaucoup de temps à l’hôpital, elle se démarque auprès de ses amis médecins par son talent précoce aux échecs.

Peu de temps après, elle rencontre Danielle Ouimet lors du Téléthon des étoiles. Cette dernière se prend d’affection pour la jeune Maxie et l’invite à participer à des publicités télévisées. « Je me rappelle avoir été très stressée à l’époque. Je n’avais pas encore cette résistance au travail qu’il est nécessaire de développer dans ce genre de métier, » ajoute-t-elle d’un air à la fois sérieux et ludique.

Optant plutôt pour un parcours musical, elle se retrouve à 10 ans dans une production newyorkaise d’Annie. Les opportunités continuent de foisonner. On lui propose alors de faire partie de la troupe permanente et de performer sur Broadway pour une période de 2 ans. Elle refuse, pourtant, ne voulant pas laisser sa mère et sa sœur derrière. La famille, ça reste important pour elle. Ce fut la croix définitive sur une carrière d’enfant-vedette.

Après le doute…

Et puis, le secondaire est arrivé avec ses doses de recherche et d’introspection. Inscrite dans un programme de musique de la Rive-Sud de Montréal, elle a l’impression d’avoir manqué le bateau. N’étant pas allée à l’école des doués, que valait-elle maintenant ? « Ça m’a pris longtemps avant reprendre confiance en mes capacités. C’était comme dans Charlie Brown, un nuage noir me suivait partout où j’allais. » C’est aussi durant ces années éprouvantes qu’elle fait son coming out.

Sans plan précis, assaillie par les choix innombrables qui s’imposent à toute jeune adulte, Maxie décide de suivre les conseils d’une tante et d’entamer des études en comptabilité, une branche qu’elle décrira plus tard comme étant la « médecine des entreprises ». Après avoir appliqué dans toutes les écoles, elle choisit la John Molson School of Business de Concordia.

Compétitive dans l’âme, elle désire plus que tout participer aux Jeux du Commerce, des épreuves exigeantes qui mettent en tête à tête les meilleurs étudiants venant des plus prestigieuses écoles de gestion du Québec et du Canada. Tant qu’à faire quelque chose, mieux vaut le faire à fond, après tout !

Ces expériences formatrices la mènent de fil en aiguille à obtenir un poste dans un des plus grands cabinets comptables du monde, l’un des « Big Four ».

Pendant qu’elle travaille, la jeune auditrice termine en parallèle sa certification de CA. « Avec des semaines de 60 à 80 heures, tu apprends à être efficace, » ajoute-t-elle en rétrospective. Mais c’est aussi durant ces années que Maxie commence à vraiment apprécier son nouveau domaine d’expertise.

Dans la vie, il n’y a pas de ligne droite

Contrairement à ce que l’on nous incite souvent à faire, Maxie ne se fixe pas un chemin à long terme. « Je ne me soucie pas de la finalité, mais plutôt de la prochaine étape, du next step. Je détermine des points à atteindre qui s’enlignent avec ma mission et mes ambitions. C’est de cette façon que j’établis une direction à suivre. »

Au lieu de voir sa carrière comme une échelle bien droite, le parcours de Maxie ressemble plutôt à un mur d’escalade en pleine nature. Chaque prise doit être jugée stratégiquement. Le grimpeur doué saura découvrir les bons appuis au sein de la pierre pour se propulser vers le haut. La chance, quant à elle, ne produit pas le succès, mais elle peut indubitablement le provoquer.

Exemple à l’appui. Tandis qu’elle était attitrée au dossier d’un client important, son supérieur tombe malade alors que de gros livrables sont à remettre dans les prochains jours. Panique ! Plusieurs crouleraient sous la pression, préférant laisser un directeur plus expérimenté prendre la relève. Mais Maxie y décèle une occasion de se démarquer. Grâce à ce clin d’œil de la providence, elle parvient à satisfaire le client, sous le regard appréciatif de son supérieur. Résultat : une promotion prématurée à titre d’auditrice senior pour l’année en cours.

Le saut vers l’industrie

Cette année-là, Maxie obtient la responsabilité du plus important nouveau client de la boîte. Elle déniche même un mandat pour se rendre en Haïti, où elle dirige plusieurs équipes canado-haïtiennes. Un défi de taille considérant le contexte particulièrement difficile qui sévit dans le pays.

Maxie LafleurUn jour cependant, elle réalise qu’elle en a assez : « Je me suis graduellement réveillée au fait que j’avais de moins en moins envie de performer. Je sentais que je pouvais être meilleure, mais pas là où j’étais. » Une amie l’introduit sans plus attendre au directeur des finances et trésorier de CAE, un homme avec qui elle développe une complicité immédiate.

« Il y a une idée qui circule dans le domaine qui dit que si tu obtiens un poste en industrie, c’est fini, tu meurs là, » ajoute-t-elle. « Mais j’étais prête à prendre un risque. » Maxie accepte donc le poste d’analyste senior dans le département des fusions et acquisitions, un domaine dans lequel elle n’a pas d’expérience. Rapidement, elle tombe en amour avec la culture de l’entreprise.

« Depuis que je suis entrée chez CAE, je n’ai jamais autant travaillé. Par contre, je n’ai plus jamais ressenti la fatigue que j’éprouvais dans mon emploi précédent. Ma perspective a changé du tout au tout. Je sentais que tout était possible. I felt I could do anything in the world ! »

Quelques années plus tard, elle est promue à chef des finances, puis, quand le poste de leader des finances à la CAE Oxford Aviation Academy s’est ouvert, elle est immédiatement pressentie pour le combler. Soutenue par l’encouragement de personnalités influentes dans le milieu, elle pose sa candidature. Pas question de la laisser glisser, celle-là.

Les limites du contrôle

Issue de trois partenariats commerciaux et présente dans douze pays, la CAE Oxford Aviation Academy est, selon la jeune comptable, un endroit en or pour apprendre les rouages opérationnels d’une entreprise à complexité élevée, et ce sous un angle qu’elle connaît bien, la finance. Admettant adorer le niveau d’abstraction que demandent les rôles de direction, Maxie embrasse le défi avec excitation et gratitude.

Toujours composée, oscillant entre sérieux et légèreté, lançant une blague par-ci par-là pour détendre l’atmosphère, la leader maîtrise l’art de naviguer les interactions sociales. Elle affiche un contrôle de soi nécessaire à son rôle : « Après tout, personne n’aime être entouré de gens stressés. On tend plutôt à aimer les optimistes réalistes, » admet-elle en souriant.

Mais cela reste en surface. Bien sûr qu’elle se sent nerveuse. L’un des plus grands stress qu’elle anticipe est la balance entre le maintien de ses relations d’affaires et l’atteinte des résultats escomptés, autant dans le court que dans le long terme. Une difficulté de taille, particulièrement dans des périodes de changement.

« En affaires comme dans la vie, il y a tellement d’éléments qui restent hors de notre pouvoir. J’essaie de faire tout ce qui est en mon contrôle pour influencer les résultats qui, eux, ne le sont pas. » Son conseil : toujours aller vers les problèmes de front, aller vers ce qui fait peur, vers ce qui fait mal.

« Quand j’ai le gut feeling que quelque chose ne va pas, je me mets immédiatement à l’analyser. Je veux tout de suite comprendre ce qui se passe. » Un réflexe qu’elle a développé avec le temps et qu’elle tente d’appliquer à la lettre autant dans sa vie professionnelle que personnelle.

L’ironique avantage d’être une femme

Alors que les femmes ne représentent que 18% des postes de haute direction au sein des 500 plus grandes entreprises du Canada, Maxie a confiance qu’elle peut avoir une influence positive pour faire changer les choses. Et si quelqu’un en connaît un chapitre sur les difficultés qu’une femme rencontre dans un monde encore dominé par les hommes, c’est bien elle.

Maxie LafleurResponsable d’une importante création de co-entreprise en Asie, elle a passé plusieurs mois dans cette région du monde, notamment au Japon. Dans ce pays, la culture d’affaires est reconnue comme étant particulièrement misogyne. À titre d’exemple, elle nous rappelle qu’il y est habituel pour les ententes de se conclure lors de la troisième rencontre, celle qui a lieu en pleine nuit dans un bar privé du genre gentlemen’s club. Pour obtenir le respect de ses homologues et remplir son mandat, la jeune leader a dû apprendre à aiguiser ses aptitudes à adapter ses techniques de négociation.

Comme certains se plaisent à dire : « En amour comme en affaires, tous les coups sont permis ». Et comme toute négociation est en partie séduction, la femme a un avantage qu’elle est parfois embêtée de reconnaître. « Il faut en quelque sorte sortir son jeu d’acteur, découvrir quel ton fonctionne le mieux, quels sujets sont les plus sensibles. Oui, c’est parfois épuisant, mais ça fait partie de la game, » explique-t-elle.

« Une femme a beaucoup plus d’expérience qu’un homme dans ce type de performance, » continue-t-elle. « Nous sommes habituées à devoir nous adapter sans cesse pour obtenir ce que nous voulons. En ce qui concerne la négociation, nous nous voyons obligées de réinventer les stratégies éprouvées parce que nous sommes des femmes. »

Maxie explique que cette nécessité de s’ajuster nous donne un avantage indubitable. « La plupart des hommes n’ont pas eu à naviguer les mêmes difficultés pour en arriver où ils sont. Ils n’ont pas encore découvert leur talon d’Achille. Et ça – cette résilience face aux obstacles – c’est une longueur d’avance que nous avons sur eux. »

La suite ?

Comme bien des enfants, Maxie voulait changer le monde. Avec le temps, c’est la voie qui s’est offerte à elle pour le faire. Confiante en son sens moral et éthique, elle se voit comme quelqu’un qui contribue à créer de la richesse. Invoquant la figure de Cléopâtre, qui couvrait d’or les gens qui l’entouraient, elle cherche métaphoriquement à atteindre un but semblable. Et puisque le nouveau mandat qu’elle entreprend vise à énergiser la compagnie pour laquelle elle travaillera et ainsi l’amener vers de nouveaux horizons, elle aura une belle opportunité de réaliser cette volonté.

Le voyage qui s’esquisse devant elle sera rempli de premières fois, d’incertitudes, de pièges et de bons coups. L’on ne peut que ressentir de la fébrilité à la pensée de ce futur encore brumeux. Qu’est-ce qui vient après ? Directrice générale, ou bien un rôle dans lequel elle pourra accélérer le succès d’une startup. Un poste dans lequel elle sera en mesure d’appliquer sa pensée stratégique pour faire évoluer les choses. « Quelque chose qui sera à la fois de l’ordre du défi et du plaisir, de l’analyse et de l’action. »

Et enfin, apprendre continuellement et s’amuser en le faisant. Pour paraphraser son énoncé de mission, Maxie insiste pour profiter de la vie telle qu’elle se présente, avec courage et harmonie : « Je veux accomplir de grands projets, être brave et ne pas fuir devant l’injustice. Je veux vivre authentiquement, être utile et reconnue pour mon expertise. Je veux faire de ce monde un lieu où il y a plus d’acceptation et d’éclats de rire. »

Et sur ce, on lui souhaite le meilleur des succès !

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À propos de l'auteure

Tatiana St-Louis

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Adepte de littérature russe et collectionneuse de lunettes de designer, Tatiana a fondé Aime Ta Marque pour donner des outils aux femmes de carrière et entrepreneures pour mieux raconter leur histoire personnelle. Spécialiste des communications-marketing basée à Montréal, elle s'implique au sein de plusieurs communautés visant au développement professionnel des femmes.

4 Comments on “Portrait de marque : Maxie Lafleur”

  1. Pour ce que je connais d’elle, ça la dépeint très bien. Enjouée, optimiste et attentive. Bravo à Maxie et à l’auteure.

  2. Pour ce que je connais d’elle, ça correspond très bien. Enjouée, optimiste et attentive. Bravo à Maxie et à l’auteure.

  3. Je te souhaite le succès que seulement toi peu accomplir. As long as I have known you have been an achiever you are loved my dear niece I wish you success in your professional life and personal life.
    Marielle.

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