Journée des femmes : 5 questions pour vous, mesdames

Journée internationale des femmes - 5 questions pour vous

8 mars 2017. Journée internationale des femmes. J’avoue avoir un peu eu le syndrome de la page blanche en commençant ce texte. Je me suis imposé la tâche d’écrire quelque chose sur le sujet et je compte bien honorer ma parole. Après tout, mon blogue est dédié à l’ambition au féminin!

Une chose est sûre, je ne voulais pas tomber dans les lieux communs. On évite donc de parler de la sous-représentation des femmes en politique, du traitement ouvertement misogyne dans certains milieux professionnels, de l’inégalité salariale (que plusieurs considèrent un mythe)… Et je ne rentrerai pas dans les problématiques touchant à la santé, la sécurité et les libertés fondamentales d’une majorité de femmes un peu partout dans le monde.

Pas parce que ces sujets ne sont pas importants ou d’actualité, mais justement pour cette même raison. Ce sont des sujets importants et je sens que personnellement, ma contribution ne se limite qu’à mon cri d’insurgée, une voix bien faible dans un maelstrom d’injustices et d’atrocités.

Alors, par où commencer? Pourquoi ne pas débuter par une question? Ou même par plusieurs? Ayant toujours été une défenseure de la libre-pensée, je vous propose donc de faire un exercice. Plutôt que de lire mon opinion prémâchée, je vous invite à réfléchir avec moi à ces questions que je me pose. Je crois qu’il est important que nous nous interrogions, ensemble.

Et en honneur de toutes celles qui n’ont pas ce luxe, exerçons notre privilège.

1. Comment définit-on l’égalité des sexes?

Commençons par une question difficile. On entend souvent, particulièrement ici au Québec, des individus (hommes et femmes) qui rejettent la lutte féministe, soutenant fermement que l’égalité des sexes a été atteinte. Après tout, les femmes peuvent voter, vivre seules, demander des prêts, accéder à des postes de haute direction, étudier, voyager, devenir pompières si elles le désirent…

Nous sommes loin d'avoir atteint le seuil minimal pour les droits fondamentaux des femmes

Partout dans le monde, il y a tant à faire pour faire respecter les droits fondamentaux des femmes. Et oui, nous sommes bien en 2017…

Ma première réaction lorsque j’entends ce genre de propos se résume en un seul mot : bullshit. Alors que l’on parle d’égalité, comment expliquer la disparité des salaires (0,52$ de moins pour chaque dollar gagné par un Canadien) et des opportunités? En fait, la plupart des femmes qui entreprennent une carrière non traditionnelle (comme je déteste ce mot!) le font à leurs risques et périls. Harcèlement physique et psychologique, sexisme, conditions de travail mésadaptées…

Des réalités bien distinctes

Le problème est que la définition que plusieurs se font de l’égalité est fallacieuse. Égalité ne veut pas dire « pareil ». Dans un excellent article d’Emily Best, présidente et fondatrice de Seed&Spark, l’auteure nous rappelle que les femmes et les hommes ont des réalités trop distinctes pour être équivalentes :

« Je connais de nombreux fondateurs mâles incroyablement talentueux, et aucun d’eux n’est capable de bâtir un humain avec son propre corps. Aucun d’eux ne saigne (et ressens un niveau de douleur de 8-10) chaque mois. Aucun d’eux ne possède un corps hypersexualisé par la culture (désolée les gars, même pas avec tout ce p90x). Est-ce que les femmes sont égales aux hommes dans leur faculté à générer de brillantes idées, bâtir des équipes et diriger des entreprises? Oh que oui! Sommes-nous pareilles aux hommes? NON. » [ma traduction]

Selon moi, l’égalité des sexes consiste à prendre en compte équitablement les réalités, besoins et particularités des genres et adapter l’environnement pour créer des opportunités équivalentes. Et il est temps de cesser de brandir l’excuse du « s’il n’y a pas de femmes à la tête des compagnies, c’est que a) elles ne veulent pas y être ou b) elles ne sont pas suffisamment compétentes ». À ces deux prémisses issues d’une méconnaissance abjecte de la réalité, je répète : bullshit!

Alors mes questions à vous sont :

  • Comment définissez-vous l’égalité hommes-femmes? Et selon cette définition, comment envisagez-vous le traitement le plus équitable sur le marché du travail?
  • En tant qu’entrepreneure ou employée (ou chef de la direction!), que faites-vous pour aplanir les opportunités?

Voici quelques exemples de ce que peuvent faire les entreprises (petites ou grandes)!

2. Les femmes devraient-elles avoir des espaces et des ressources exclusives?

Cette question est intimement liée à la précédente. Les médias pullulent d’articles démagogiques dans lesquels l’on s’acharne sur le féminisme comme étant un mouvement qui divise et qui ne prend pas compte de la pluralité des expériences (tiens donc… un argument répandu). Encore une fois, cette position me rend écarlate.

Non, je ne veux pas faire taire les hommes (et tout autre personne qui se considère d’un genre autre que féminin), mais je crois que le féminisme a pour objectif principal la diffusion d’une voix qui a été tue – bâillonnée même – pendant des siècles. Est-ce possible de laisser (enfin) place aux femmes afin qu’elles définissent par elles-mêmes l’étendue de leur propre expérience sur cette terre? Peut-on leur donner un peu d’espace pour énoncer ce qu’elles aimeraient voir changer et mettre des mots sur leurs besoins, leurs rêves, leurs ambitions?

Au delà de la menace féministe
Espaces exclusifs pour femmes?

« Peut-on donner aux femmes un peu d’espace pour mettre des mots sur leurs besoins, leurs rêves, leurs ambitions? »

Le féminisme est perçu comme menaçant, car il suscite l’idée d’un « elles contre nous ». J’ai l’impression de me répéter, mais le but du féminisme n’est pas de créer un monde dystopique dirigé par un gynécée tout-puissant. Ni même d’exercer une vengeance sur le patriarcat. Ou une émasculation totale de la civilisation. Le but du féminisme est de se réapproprier une identité qui a longtemps été définie sous un regard principalement masculin.

Ainsi, je crois qu’il est important que des ressources exclusives soient dédiées à faire monter cette voix, à la titiller pour lui demander ce qu’elle pense de ces questions. Est-ce diviser pour mieux régner? Pas du tout. Il s’agit plutôt de créer des lieux sécures, dénués de jugement et de directives, dans lesquels il est possible de s’exprimer, de se reconnaître et d’y déceler une oreille attentive.

Pensez-y. Vous en êtes à votre première grossesse. Vous avez des questions, des doutes, des incertitudes. Allez-vous vous adresser à un homme pour lui demander conseil sur votre fatigue chronique ou sur les premiers mois de retour au travail? Non. Pareillement, la victime de harcèlement sexuel ou de sexisme voudra peut-être se confier à une personne du même sexe, ne serait-ce que pour y rechercher connexion et empathie.

À tous ceux qui pensent que ces lieux exclusifs représentent un recul face au concept d’égalité, je vous demande :

  • Si le PDG de la compagnie à qui vous venez de faire un pitch vous invitait à dîner et que, face à votre refus, vous suggère d’oublier le contrat proposé, vers qui vous tourneriez-vous?
  • Reconnaissez-vous et pourriez-vous nommer les différences qui existent dans les traitements que subissent les hommes et les femmes dans votre lieu de travail?

3. Faire l’autruche ou se mettre à nu?

Je l’avoue. Il y a de ces lieux qui se disent féministes (surtout en ligne) qui m’aliènent complètement. Bon, mon créneau, c’est le développement professionnel, mais je lis parfois des blogues plus généralistes où il est question, entre autres, d’image de soi, du corps et d’hypersexualisation. Bien que je ne veuille pas entrer dans ce sujet par crainte de m’éparpiller, je remarque parfois que certaines de ces auteures aiment adopter ce que je considère être une victimisation narcissique dans laquelle leur expérience devient un lieu de sensationnalisme et de validation.

Un jeu de miroir sémantique

Certains discours féministes s’apparente à « un jeu de miroir qui se retourne sans cesse sur lui-même et qui résulte dans l’autosatisfaction et l’inertie. »

Commentaires négatifs, dépréciation de soi, insurrection démesurée face à certaines situations (souvent relativement mineures)… Oui, c’est une façon de dénoncer une situation et d’apprendre à vivre avec ses bêtes noires (souvent instiguées par le contexte social). Par contre, j’ai l’impression qu’il s’agit parfois d’un épandage de linge sale. Une psychothérapie de groupe qui ne fait parfois que ressasser les mêmes problématiques sous différents angles. Un jeu de miroir qui se retourne sans cesse sur lui-même et qui résulte dans l’autosatisfaction et l’inertie.

C’est un peu comme quand ton amie se plaint qu’elle se trouve grosse, et qu’elle refuse de se taire tant et aussi longtemps que tu ne lui dis pas qu’au contraire, elle est a-bso-lu-ment magnifique. Tu te sens obligée de la réconforter, même si, quelque part, tu te demandes pourquoi la beauté est si haute dans son système de valeur.

  • Un jour, cesserons-nous de vouloir se « trouver belle », même pour nous-mêmes? Peut-on se percevoir selon d’autres critères?

4. Moi, femme – nous, femmes?

Ce que j’aime de cet article, c’est que je peux laisser plusieurs portes ouvertes. Je viens d’écrire cette dernière phrase et je suis prête à agir comme mon propre avocat du diable.

En fait, je vais vous avouer une chose. Lorsque j’étais petite et que je me perdais des heures durant dans les livres de Poe, Baudelaire et Balzac, je me disais que j’aurais aimé naître homme. La raison étant que, du haut de mes dix ans, je ne connaissais pas d’auteurs femmes à admirer. Je me rappelle m’être aussi dit que j’aurais aimé – moi qui étais souvent première de classe – être jolie plutôt qu’intelligente, car ma vie aurait été beaucoup plus facile.

Prochaines générations de féministes

Les prochaines générations doivent apprendre à embrasser le fait d’être une femme, non pas comme un défaut, mais bien comme un avantage.

En rétrospective, c’est une excellente manifestation de la nécessité de continuer la lutte féministe. Comment une jeune fille, qui n’avait alors que quelques années de vécu, pouvait-elle en arriver à de telles conclusions? Mon expérience est unique et forme ma vision du monde. Conséquemment, le féminisme nous apprend qu’il faut entendre et accepter ces visions différentes (et parfois radicalement Autres) et les accueillir sans jugement. Bien d’accord.

Une véritable « cacophonie idéologique »

Cependant, cette même multitude d’expériences crée un autre problème, qui est la cacophonie idéologique face à un mouvement qui ne cesse de se compartimenter de plus en plus. Alors que j’encourage fortement la conversation, j’ai malheureusement l’impression que, dans bien des cas, le dialogue cesse d’exister pour laisser place à des cris acharnés et à sens unique. Bien que je me sente proche de la lutte féministe, je rejette viscéralement toute forme de dogmatisme. Et malheureusement, il m’arrive d’être témoin de ce genre de fermeture d’esprit chez de nombreux activistes. Par leurs propos rigides, ces derniers ferment la porte à une maïeutique qui servirait à faire avancer la réflexion plutôt que de tenter de « changer les mœurs » à coups de baston et d’insultes.

Souvent, lorsque je navigue au sein de ces groupes, je suis intimidée. Moi, malgré mon éducation, mon caractère introspectif et réfléchi et mes habiletés à m’exprimer clairement. Je préfère rester tapie dans mon coin et déverser mon opinion seulement auprès de quelques personnes de confiance. Dans ces groupes, je ne dis rien de peur d’offusquer, de choquer, ou de mériter une flagellation symbolique sur la place virtuelle. Est-ce vraiment cela, travailler ensemble?

Aujourd’hui (et ce n’est pas juste vrai pour le féminisme), beaucoup de gens sont devenus des pros du langage, manipulant les terminologies de plus en plus abstraites à leur avantage. Ce que je remarque pourtant c’est que peu d’entre eux sont capables de réfléchir profondément aux enjeux de façon lucide et nuancée. Le féminisme se perd dans un nuage de fumée sémantique et parfois le casse-tête en devient tellement complexe qu’on évite d’avancer de peur de tomber dans un précipice.

Aujourd’hui, je sens que je dois tellement rechercher le vocabulaire à utiliser pour être sensible politiquement et socialement, que j’en perds l’objet même de ma réflexion et me confine dans un retrait volontaire ressemblant d’une part à de la paresse intellectuelle et d’une autre à du dédain.

Sur ce, je vous demande :

  • Prenez-vous le temps de réfléchir aux questions soulevées par le féminisme? Laissez-vous vos consœurs s’exprimer dans un milieu sain et dénué de jugement?

Que penser de la Journée internationale des femmes?

J’aimerais vous laisser sur cette dernière interrogation, car c’est inévitable, nous allons entendre le fameux argument du : « Si nous voulons être égalitaires, pourquoi n’y a-t-il pas une journée de l’homme? » Pendant longtemps j’ai rejeté en soupirant ce commentaire comme insignifiant. « Ils n’ont rien compris », me disais-je.

Journée internationale des femmes, qu'en pensez-vous?

Et vous? Que pensez-vous de la Journée internationale des femmes?

Jalousie déplacée? Peut-être. Réaction nombriliste du patriarcat? Sans doute. Après tout, ce n’est pas la première fois que des mouvements « masculinistes » refusent de laisser place aux femmes en voulant recentrer l’attention sur les problèmes vécus par les hommes (sur ce sujet, je vous invite fortement à lire ce texte extrêmement bien articulé sur le mouvement Movember).

Cependant, après y avoir réfléchi un peu, je me suis dit « pourquoi pas ». Qu’ils prennent une journée dans l’année pour « célébrer la lutte des hommes pour… » Pour quoi? Vers un monde sans oppression? Vers une réalité dans laquelle ils sont traités comme des égaux? Je leur laisse le soin de justifier le tout. La journée contre les victimes du patriarcat, peut-être? Parce que #notallmen…!

C’est vrai que la journée de la femme expose au grand jour un problème systémique : les femmes continuent d’être opprimées au 21e siècle et il faut dénoncer cette situation. Mais une seule journée? Vraiment? Bref, tout ceci me laisse un goût amer en bouche. Mais peut-être que c’est une bonne chose, cette amertume. Comme ça, il est difficile d’oublier…

Alors, avez-vous une opinion sur la Journée de la femme? J’aimerais beaucoup l’entendre!

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À propos de l'auteure

Tatiana St-Louis

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Adepte de littérature russe et collectionneuse de lunettes de designer, Tatiana a fondé Aime Ta Marque pour donner des outils aux femmes de carrière et entrepreneures pour mieux raconter leur histoire personnelle. Spécialiste des communications-marketing basée à Montréal, elle s'implique au sein de plusieurs communautés visant au développement professionnel des femmes.

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