La dépression chez les femmes professionnelles

Dépression chez les femmes professionnelles

La dépression. Un petit mot qui fait peur. Un petit mot lourd de sens, lourd de conséquences. Un sujet brûlant, qui suscite encore trop de questionnements. Trop d’incompréhension, trop de jugements. On en parle depuis longtemps pourtant. Hippocrate énonçait déjà les troubles de dérèglement de l’humeur dans sa théorie humorale, plus de quatre siècles avant Jésus-Christ. Le problème est que nous sommes toujours incapables d’en expliquer les causes exactes.

L’idée m’est venue d’écrire ce texte en lisant un article mentionnant la dépression liée au travail. Ça m’a donné envie de me pencher un peu plus sur la question, plus particulièrement en ce qui concerne les femmes professionnelles. Parce qu’il semblerait que chez les travailleurs, les femmes sont deux fois plus touchées que les hommes par cette sournoise maladie.

Il faut également se rappeler que nous vivons à un rythme effréné, dans une société où tout est axé sur la performance. Les femmes qui occupent des postes de direction ou de gestion doivent souvent trimer deux fois plus fort pour tailler leur place. Il y a parfois des conséquences. Notre santé mentale en prend un coup : trop de stress, trop de pression. Et de l’épuisement professionnel à la dépression clinique, la ligne est mince.

Personne n’est à l’abri de cette maladie. Mais quelles peuvent être les causes et les conséquences de la dépression chez les femmes professionnelles? Sauriez-vous reconnaître les signes précurseurs de ce mal émotionnel? Comment l’éviter? Et quelles sont les solutions qui s’offrent à vous?

Les causes multiples de la dépression chez les femmes

Dépression chez les femmes

On travaille plus, les charges sont plus grosses, les échéanciers plus serrés. Il faut toujours aller plus vite, être plus performant pour réussir à survivre.

Comme je le mentionnais, personne ne peut affirmer avec précision les causes de la dépression. Les mécanismes de la pensée demeurent mystérieux en plusieurs points et chaque individu est complexe, unique et différent dépendamment de ses expériences de vie et de sa façon de comprendre le monde. Il est donc difficile de dresser un portrait pour tout un chacun, mais des facteurs tels que l’hérédité, la situation familiale, les changements hormonaux, les traits de la personnalité ou les traumatismes auraient un impact non négligeable sur l’émergence de l’état dépressif.

Et ce, sans oublier le stress. Ce fameux stress dont tout le monde parle, présent dans presque toutes les facettes de nos vies. L’aspect professionnel n’y échappe pas. L’arrivée de la technologie et la mondialisation ont drastiquement changé les conditions de travail au cours des dernières décennies. Diminution du travail manuel et augmentation considérable des tâches exigeantes psychologiquement et émotionnellement.

On travaille plus, les charges sont plus grosses, les échéanciers plus serrés. Il faut toujours aller plus vite, être plus performant pour réussir à survivre. Bref, la recette gagnante pour empêcher de dormir le plus zen des yogis.

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Différentes réactions au stress

Seulement, voilà, les femmes réagissent différemment des hommes face au stress. Question d’hormones paraît-il. Enfin, en grande partie. Par différemment, j’entends qu’elles ont tendance à obséder sur la source de l’angoisse. Elles y pensent constamment et, au lieu de se concentrer sur la manière d’agir pour régler ledit problème, elles insistent sur le pourquoi du comment. Elles s’imaginent toutes sortes de scénarios et se laissent submerger par la détresse émotionnelle.

En langage scientifique, on parle de « rumination ».  Pendant que les femmes « ruminent », les hommes sont plus prompts à réagir : ils privilégient l’action et évacuent leurs émotions (parfois même de façon agressive). C’est ce qui leur permettrait d’être moins vulnérables aux troubles anxieux et dépressifs.

Outre cette analyse sur notre capacité (ou plutôt notre incapacité) à bien gérer tout ce beau stress, il faut aussi mentionner que les professionnelles sont parfois soumises à des pressions supplémentaires. Je pense notamment à ces femmes qui occupent des postes de haut niveau. Celles qui se donnent corps et âme pour défoncer ce fichu plafond de verre et qui doivent travailler d’arrache-pied pour prouver qu’elles ont bel et bien leur place dans un univers encore majoritairement masculin.

Je pense aussi à toutes celles qui doivent vivre avec le harcèlement psychologique au travail, le harcèlement sexuel, le sexisme, la misogynie, les inégalités de salaires et ainsi de suite.  Même si ces injustices sont de plus en plus dénoncées, il y a encore trop de femmes qui en souffrent quotidiennement. Ajoutez à cela les problèmes familiaux et personnels qui sont le lot de plusieurs. Vous voyez le topo? Pas étonnant qu’elles sont nombreuses à craquer.

Des conséquences insidieuses

Les femmes qui finissent par sombrer dans un état dépressif sont parfois victimes de préjugés de la part de leur entourage qui interprète la maladie comme un signe de faiblesse et qui ont souvent tendance à en minimiser les effets. Par ignorance ou incompréhension le plus souvent. Pourtant les conséquences sont bien réelles et peuvent être dévastatrices.

Dépression chez les femmes professionnelles

Ce qui a commencé avec un trop-plein de stress au travail déteint peu à peu sur la vie personnelle et la personne atteinte assiste à l’effondrement de son univers.

D’abord, la dépression a de grandes ambitions. Pourquoi se contenter de compromettre la stabilité émotionnelle au travail quand on peut régner sur toutes les sphères d’une vie? C’est un parasite qui se répand dans tout l’être et qui prend le contrôle du corps et de l’esprit. Dans le domaine professionnel, cela se traduit par une perte de motivation, de productivité, de capacité à fonctionner efficacement. Des absences répétées. Une détérioration des rapports entre collègues, des conflits même. Les risques de perte d’emploi sont élevés, qu’il s’agisse d’un renvoi ou d’une démission.

Dès lors, les relations familiales et sociales en souffrent aussi. À force de découragement et d’écœurement, l’apathie et le désintérêt général s’installent progressivement et en viennent à fragiliser les relations avec les proches. Les contacts avec les amis se font de plus en plus rares, les tensions familiales augmentent.

Il ne faut en vouloir à personne. Tous ne sont pas outillés pour gérer efficacement les états d’âme d’une personne dépressive. Reste que les problèmes ne se règlent pas d’eux-mêmes. C’est une spirale infernale, un cercle vicieux, car l’isolement ne fait qu’aggraver l’état dépressif. Ce qui a commencé avec un trop-plein de stress au travail déteint peu à peu sur la vie personnelle et la personne atteinte assiste, impuissante, à l’effondrement de son univers.

Reconnaître les signes précurseurs de la dépression

C’est pourquoi il est essentiel d’être à l’écoute de ses émotions et d’apprendre à reconnaître les signes annonciateurs de la dépression. La prévention, ça commence par la capacité à bien connaître son ennemi. Au travail, les signes se manifestent par des difficultés à se concentrer ou à prendre des décisions. Les erreurs sont plus fréquentes, l’envie de travailler se fait de plus en plus rare. L’irritabilité, la fatigue chronique, les problèmes de consommation et la perte d’appétit sont également de bons indices que quelque chose ne va pas.

Attention toutefois à ne pas tomber dans l’hypocondrie : s’il est vrai que ces symptômes sont associés aux troubles dépressifs, ils sont assez communs et peuvent survenir pour d’autres raisons, aussi banales que le manque de sommeil ou l’annonce d’une mauvaise nouvelle. Tout le monde connaît des journées un peu plus sombres et c’est tout à fait normal.

Lorsque l’on parle de dépression clinique, les signes doivent persister pendant plusieurs semaines, s’intensifier avec le temps et nuire aux activités quotidiennes. L’important, c’est de se connaître soi-même, de connaître ses limites, afin d’identifier le problème le plus tôt possible et de prendre les mesures nécessaires avant qu’il ne soit trop tard.

Des mesures préventives

Il existe plusieurs moyens d’améliorer son état de santé émotionnelle sur le plan individuel (hors des cas de dépression majeure). Avoir une saine alimentation, faire de l’exercice physique et soigner son sommeil, par exemple, contribuent grandement au bien-être général.  Toutefois, quand la source du problème se situe au travail, adopter un mode de vie sain ne suffit pas nécessairement.

Prévention de la dépression chez les femmes professionnelles

Savoir comment se respecter constitue l’apprentissage d’une vie.

Au bureau, le self-care peut parfois avoir un impact sur d’autres personnes, dont ses collègues et ses supérieurs. Il peut survenir des désaccords, peut-être même des confrontations. L’essentiel est d’apprendre à dire non. Apprendre à se fixer des objectifs raisonnables et être capable de reconnaître quand une tâche est trop exigeante ou irréaliste. Apprendre à être moins sévère envers soi-même aussi. Et peut-être même faire taire son syndrome de la bonne élève!

Si le problème provient plutôt d’un conflit interpersonnel, il faut tenter de trouver des solutions rapidement. Mettre la rumination de côté et affronter la situation. Et surtout, ne pas hésiter à changer de travail si la situation s’envenime.

Je suis tout à fait consciente qu’entre la théorie et la pratique, la marche peut être haute. C’est pourquoi le travail sur soi est de rigueur. Savoir comment se respecter, soi-même et ses limites constitue l’apprentissage d’une vie. Oui, ça demande beaucoup de temps et d’énergie, mais c’est essentiel pour trouver le bien-être à long terme. Certains se tournent vers la méditation, d’autres vers la thérapie. C’est personnel à chacun.

L’important est de trouver l’aide dont vous avez besoin. Rappelez-vous également de prendre du temps pour vous, pour vous faire plaisir. La vie est courte et le travail n’est pas tout ce qu’elle a à nous offrir. Les petits bonheurs quotidiens, aussi banals peuvent-ils paraître, sont indispensables pour cultiver la joie intérieure.

Ne pas confondre prévention et solution

Il faut toutefois faire attention à ne pas confondre prévention et solution. Une dépression clinique ne se guérit pas aussi facilement et il est absolument recommandé de consulter un professionnel de la santé si vous reconnaissez certains symptômes parlants.

C’est probablement l’étape la plus difficile, car l’on se voit obligée de révéler sa vulnérabilité. Il n’y a aucune de honte à le faire pourtant. Votre médecin est là pour vous aider.

Le plus souvent, la dépression se traite par la pharmacothérapie (médication), la psychothérapie ou une combinaison des deux.  En plus du traitement médical, d’autres moyens peuvent aider à surmonter la maladie. Recevoir le soutien de votre entourage, par exemple, peut vous apporter un point de vue extérieur sur la situation et vous guider vers des solutions alternatives.

L’importance d’en parler

Je pense notamment ici au blogue Visages de la santé mentale (VDSM), créé par Émélie Hébert-Poulin, une jeune femme qui vit avec des troubles de l’anxiété. Son site regorge d’outils et d’astuces pour réussir à remonter la pente. La première édition du Salon VDSM (qu’elle organise conjointement avec Marie-Ève Nadon), une exposition dont le but est de briser les tabous sur la santé mentale, permettra aux gens de mieux comprendre ces maladies et de faire découvrir les services et les ressources disponibles à ceux qui en ont besoin.

Le blogue Ton Petit Look, piloté par les jumelles Stratis, s’est également donné comme mission de briser les tabous autour des maladies mentales. Ce genre d’initiative est extrêmement importante pour faire évoluer les mentalités et peut faire une réelle différence dans la vie des gens aux prises avec des troubles de santé mentaux.

Aujourd’hui j’ai choisi d’aborder la dépression chez les femmes au travail. Mais il faut se rappeler que la dépression n’a pas de profession, pas de sexe, pas d’âge, pas de visage. C’est un fléau qui affecte des millions de personnes à travers le monde et il ne faut surtout pas la sous-estimer. C’est pourquoi il est si important de sensibiliser son entourage aux ravages de cette maladie. Parce que plus on en parle, plus on la connaît, plus il devient facile d’y faire face et d’y échapper.

Ressources citées

Pour aller plus loin, voici la liste des ressources qui ont été consultées pour écrire cet article et d’autres que vous aimeriez peut-être découvrir par vous-mêmes.

Blogues à suivre

Visages de la santé mentale. Dans cette initiative pleine de vérité et d’empathie, Émélie Hébert-Poulin s’est donnée la mission de briser les tabous autour de la santé mentale. Le premier Salon VDSM aura lieu le 24 septembre prochain à Laval.

La fille et son anxiété.  Un blogue d’Alexandra Loiselle sur son expérience de vivre avec l’anxiété au quotidien.

Livre

Josiane et Carolane Stratis. Ton Petit Look T. 2 : Les filles sont-elles folles?, Éditions Cardinal, 2017. Les jumelles Stratis sont devenues au fil du temps des porte-parole pour la santé mentale, elles qui déboulonnent les mythes qui l’entourent dans le populaire blogue Ton Petit Look. Avec ce livre, elles proposent un recueil touchant et percutant sur la santé mentale.

Sites web

Association canadienne pour la santé mentale (dépression au travail)

Institut universitaire en santé mentale Douglas (dépression)

Institut universitaire en santé mentale de Montréal (dépression)

La-dépression.org

Portail santé mieux-être (Combattre les préjugés sur la maladie mentale)

Webzine

Mammouth Magazine. Le stress : différences hommes-femmes, no. 6, mars 2009.

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À propos de l'auteure
Gabrielle Fontaine

Gabrielle Fontaine

Déterminée à prendre le contrôle de sa vie professionnelle, cette jeune maman a passé six ans à jongler entre le travail, les études et la famille pour enfin obtenir son baccalauréat en traduction. C’est toutefois à la fin de son parcours universitaire qu’elle s’est découvert un penchant pour l’écriture, qui lui permet de donner libre cours à ses idées. Passionnée de gastronomie et de voyages, elle souhaite réaliser son rêve de parcourir le monde afin d’assouvir sa soif d’aventures et de connaissances.

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